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UNCTAD/PRESS/PR/2004/009
27/05/04


LA CNUCED ANNONCE UNE AMELIORATION DE LA SITUATION ECONOMIQUE DES PAYS LES PLUS PAUVRES DU MONDE MAIS IL FAUT REMEDIER AUX FAIBLESSES STRUCTURELLES

EMBARGO
Le contenu de ce communiqué de presse
ne doit pas être cité ou résumé par la presse,
la radio, la télévision ou les médias
électroniques avant le 27 mai 2004 17:00 TU
(1 PM New York, 19:00 Genève)

Les pays les plus pauvres du monde ont abordé le troisième Millénaire en enregistrant une progression encourageante de leur PIB et de leurs exportations, mais les conditions sociales restent médiocres, d´après le "Rapport 2004 sur les pays les moins avancés " que la CNUCED publie aujourd´hui. Par ailleurs, un endettement croissant, la baisse et l´instabilité des prix des produits de base, l´effritement des préférences commerciales, les conflits civils et la pandémie du VIH/sida font que cette embellie économique risque d´être très brève si l´on ne remédie pas rapidement aux faiblesses structurelles de ces pays.

De 2000 à 2002, période la plus récente pour laquelle on dispose de données, le taux de croissance annuel moyen du PIB réel du groupe des pays les moins avancés (PMA) s´est établi à 4,9 %. Le PIB réel par habitant a progressé de 2,6 % par an, contre 1,8 % par an dans d´autres pays en développement.

Les pays les moins avancés sont des pays en développement que l´Organisation des Nations Unies a classés comme tels en se fondant sur le niveau très bas de leurs revenus par habitant, leurs faibles ressources humaines et leur forte vulnérabilité économique aux chocs. Le dernier pays admis dans le groupe des PMA est le Timor oriental, ce qui porte à 50 le nombre de ces pays. Les travaux de recherche de la CNUCED sur les aspects économiques et sociaux du développement des PMA sont présentés dans le Rapport biennal sur les pays les moins avancés. L´amélioration de la situation économique s´est trouvée favorisée par une forte augmentation des apports de capitaux sous forme d´aides publiques au développement (APD) et d´investissements étrangers directs (IED). D´après les chiffres de la Banque mondiale (qui portent sur 46 PMA), le montant global net des flux de ressources en faveur des PMA est passé de 12,4 milliards de dollars en 2000 à près de 17 milliards en 2002. Les transferts nets cumulés vers les PMA ont augmenté de plus de 43 % entre 2000 et 2002.

En 2001, ce sont les IED qui ont alimenté à hauteur de 63 % cette forte augmentation des entrées de capitaux à long terme. Les IED ont baissé de 7 % en 2002, mais ils ont alors été relayés par les APD dont la progression a été particulièrement forte cette année-là.

Les apports nets d´APD à destination des PMA ont considérablement diminué dans les années 90, surtout après 1994. Toutefois la tendance s´est inversée en 2000 et depuis lors l´APD n´a cessé d´augmenter. En valeur réelle, le montant net de l´aide destinée au groupe des PMA s´est accru de 36 % entre 2000 et 2002, année au cours de laquelle il a retrouvé un niveau comparable à celui de 1990.

Cette amélioration va de pair avec la tendance constatée ces dernières années parmi les donateurs de se concentrer sur l´aide internationale à apporter aux pays les plus pauvres. La part de l´APD totale en faveur des PMA est passée à 28 % en 2002, mais six pays membres seulement du CAD, à savoir le Danemark, l´Irlande, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède, ont dépassé l´objectif consistant à consacrer plus de 0,20 % de leur revenu national brut aux flux nets d´APD à destination des PMA en 2002. Cette année-là, le montant net de l´aide exprimé en valeur réelle par habitant était encore inférieur de 17 % à son niveau des années 1990-1994.

En 2002, les exportations de marchandises des PMA ont atteint un nouveau sommet, à 37,8 milliards de dollars, contre 26,1 milliards en 1998, ce qui représente en valeur nominale un accroissement de 45 % alors que celui-ci n´était que de 15 % dans les autres pays en développement (Chine non comprise) au cours de la même période. Cela dit, cet accroissement s´est surtout produit entre 1998 et 2000, période au cours de laquelle les exportations de marchandises ont progressé de 36,7 % sous la poussée en particulier d´une augmentation des exportations de pétrole. Par contre, entre 2000 et 2002, elles ne se sont accrues que de 5,7 %.

Disparité des résultats économiques

Les résultats économiques obtenus par les PMA dans les années 90 ont accusé de nettes divergences et cette situation ne s´est pas inversée au cours de la période 2000-2002.

Le taux de croissance par habitant du PIB réel a dépassé les 3 % par an dans 14 des pays les moins avancés mais il est demeuré inchangé ou a diminué dans 24 de ces pays, soit dans plus de la moitié des pays pour lesquels on dispose de données. Sept PMA seulement, à savoir l´Angola, le Bhoutan, l´Erythrée, le Mozambique, le Rwanda, le Soudan et le Tchad, ont atteint l´objectif de croissance de 7 % énoncé dans le Programme d´action en faveur des pays les moins avancées pour la décennie 2001-2010. Ce programme a été adopté lors de la troisième Conférence des Nations Unies sur les PMA (Bruxelles, 2001).

D´après les statistiques de la CNUCED, les entrées nettes d´IED dans les PMA ont atteint 5,2 milliards de dollars en 2002, mais 87 % de ces investissements ont profité aux dix principaux bénéficiaires d´IED, c´est-à-dire (par ordre décroissant) l´Angola, le Tchad, le Soudan, le Mozambique, la Guinée équatoriale, l´Ouganda, la République-Unie de Tanzanie, la Zambie, le Myanmar et le Mali. Les quatre PMA exportateurs de pétrole - Angola, Guinée équatoriale, Soudan et Yémen - ainsi que le Tchad qui est en train de développer ses infrastructures en vue d´exporter du pétrole, ont reçu 63 % du montant total des IED destinés aux PMA.

Les aides à destination des PMA, bien que moins concentrées géographiquement que les IED, ont été elles aussi très inégalement réparties. En valeur réelle, elles ont régressé en 1999-2002 dans 13 PMA alors qu´elles s´accroissaient de plus de 20 % par an dans 16 PMA.

Les recettes d´exportation ont elles aussi considérablement varié selon les PMA. En 2000-2002, cinq seulement de ces pays, c´est-à-dire les quatre pays exportateurs de pétrole plus le Bangladesh, ont exporté 56 % du total des marchandises en provenance des PMA. En 1998-2002, alors que les exportations de marchandises du groupe des PMA augmentaient de façon spectaculaire, elles diminuaient de 6 % en valeur nominale dans le cas des PMA exportateurs de produits agricoles et de 16,6 % dans celui des PMA exportateurs de minéraux. Par contre, elles augmentaient de 43 % dans celui des PMA exportateurs de produits manufacturés ou de services et de 134,4 % dans celui des PMA exportateurs de pétrole. La valeur nominale des exportations de marchandises de 23 PMA a diminué entre 2000 et 2002.

Les menaces qui pèsent sur la durabilité

L´amélioration de la situation économique est particulièrement bienvenue, mais divers facteurs aussi bien internes qu´externes en menacent la durabilité. Il convient de noter que les PMA qui ont enregistré les meilleurs résultats économiques en 2000-2002 sont aussi ceux dont la croissance a été la plus fragile dans les années 90. Les facteurs de risque sont les suivants :

  1. Une très forte dépendance vis-à-vis des financements extérieurs. Entre 2000 et 2002, le ratio formation brute de capital/PIB a augmenté dans les trois-quarts des 28 PMA pour lesquels ont dispose de données, passant de 20,2 % en moyenne en 2000 à 23 % en 2002. Par contre, le taux moyen de l´épargne intérieure s´est à peine accru, passant de 4,4 % à 4,8 % au cours de la même période. La mobilisation des ressources intérieures est rendue difficile par le niveau très bas des revenus et la pauvreté de masse.
  2. L´accroissement de l´endettement extérieur. Bien que les dons représentent la plus grande partie de l´aide versée aux PMA (82 % en 1999-2002), les prêts publics se sont accrus de 27 % par an au cours de cette période. Le stock de la dette extérieure du groupe des PMA a diminué notablement et s´est trouvé ramené de 154,4 à 137,3 milliards de dollars entre la fin de 1998 et la fin de 2001. Par contre, en 2002, malgré de fortes remises, le stock total de la dette est passé à 145 milliards de dollars. Quarante-trois des 46 PMA pour lesquels on dispose de données ont accru leur endettement, sous la poussée en particulier des prêts multilatéraux accordés à des conditions de faveur. En 2002, le service total de la dette atteignait un montant sans précédent de 5,1 milliards de dollars.
  3. La baisse et l´instabilité des prix des produits de base. Les matières premières, qui contribuent pour 67 % aux exportations totales de marchandises des PMA, sont la principale source de recettes à l´exportation de 31 PMA. D´après les données de la CNUCED relatives aux cours mondiaux des matières premières importantes pour les PMA, les cours du cacao et des farines de poisson se sont raffermis entre 2000 et 2002, mais ceux de l´aluminium, du café, du cuivre, du coton, du sucre, du thé et, dans une moindre mesure, du tabac se sont tassés au cours de la même période. Les cours du pétrole sont, eux, restés relativement élevés et instables.
  4. L´érosion des préférences commerciales. Les bons résultats à l´exportation des PMA exportateurs de produits manufacturés ont été facilités par les restrictions quantitatives et les préférences prévues par l´Arrangement multifibres (de 1974 à 1995), puis par l´Accord sur les textiles et les vêtements dont la disparition progressive risque de poser des problèmes aux PMA d´Asie en particulier.
  5. La modicité des ressources publiques. Le manque de ressources financières freine la mise en place de services publics modernes, de mesures destinées à assurer le maintien de l´ordre, d´une surveillance de l´exécution des contrats et d´une administration et gouvernance de qualité. Les PMA d´Asie et d´Afrique, par exemple, ont consacré en moyenne 4,6 dollars par habitant et par an à la santé publique dans les années 90, contre 73 dollars par habitant et par an dans les autres pays en développement à faible revenu ou à revenu intermédiaire et 1 456 dollars dans les pays à revenu élevé membres de l´OCDE.
  6. La pandémie du VIH/sida. Ce sont les PMA qui sont le plus touchés par la pandémie du VIH/sida qui sévit dans le monde. D´après les chiffres de l´ONUSIDA, en 2001, les PMA comptaient 11 % de la population mondiale mais enregistraient 37 % de tous les décès dus au VIH/sida dans le monde et abritaient 46 % des enfants infectés par le VIH. Pour l´ensemble des PMA, l´espérance de vie à la naissance en 2010-2015 devrait être de 46,1 ans alors qu´elle atteindrait 58,7 ans en l´absence de cette pandémie. Celle-ci devient un véritable obstacle au développement dans certains PMA, en particulier en Afrique.
  7. Les conflits civils. Les PMA sont devenus le principal théâtre de conflits civils à travers le monde depuis la fin des années 1990. Entre 1990 et 2001, 60 % des PMA ont été en proie à des conflits civils plus ou moins violents et durables qui, le plus souvent, faisaient suite à une période de stagnation ou de régression économique.

Les défis à relever pour que le développement profite à tous

Pour que la croissance économique prenne un caractère durable, il faut aussi, en dernier ressort, que l´amélioration des résultats économiques se traduise par une large amélioration des conditions de vie quotidiennes des populations. L´ampleur des tâches à accomplir est immense.

D´après les chiffres tant de la CNUCED que de la Banque mondiale, environ 50 % de la population des PMA vit avec moins d´un dollar par jour - une situation inchangée depuis le début des années 1990. Si cette tendance se poursuit, il sera impossible de réduire de moitié d´ici 2015 la proportion des PMA vivant ainsi avec moins de 1$ par jour, selon l´objectif inscrit dans la Déclaration du Millénaire adoptée par l´Assemblée Générale des Nations Unies en 2000. D´après le Rapport cette population, au contraire, passera de 334 millions de personnes en 2000 à 471 millions en 2015. En supposant par ailleurs que les progrès actuels en Chine et en Inde se poursuivent, les PMA concentreront alors la plus grande partie de la pauvreté dans le monde.

Ces pays accusent par ailleurs un retard sur les autres pays en développement pour toute une série d´indicateurs sociaux, par exemple :

  • En 2001, 16 enfants sur 100 vivants à la naissance risquaient de mourir avant leur cinquième anniversaire, contre 9 dans l´ensemble des pays en développement et moins de 1 sur 100 dans les pays à revenu élevé membres de l´OCDE. Onze seulement des 48 PMA pour lesquels des données sont disponibles atteindront l´objectif de développement du Millénaire d´une réduction de deux-tiers du taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans entre 1990 et 2015. En 2000 aucun de ces pays n´avait atteint cet objectif.
  • En 1995, le taux de mortalité maternelle s´établissait à 1 000 pour 100 000 naissances vivantes dans les PMA, contre 463 pour 100 000 dans l´ensemble des pays en développement et 12 pour 100 000 dans les pays à revenu élevé membres de l´OCDE
  • En 1998-2000, 38 % de la population était sous-alimentée, contre 18 % dans l´ensemble des pays en développement. Onze seulement des 34 PMA pour lesquels des données sont disponibles atteindront l´objectif de développement du Millénaire - qui est de réduire de moitié entre 1990 et 2015 la proportion de la population souffrant de la faim.
  • En 2001, 34 % des 15 à 24 ans étaient analphabètes, contre 15 % dans l´ensemble des pays en développement.
  • En 1995, le taux de mortalité maternelle s´établissait à 1 000 pour 100 000 naissances vivantes dans les PMA, contre 463 pour 100 000 dans l´ensemble des pays en développement et 12 pour 100 000 dans les pays à revenu élevé membres de l´OCDE
  • En 2000, seulement 55 % de la population rurale bénéficiait d´un accès durable à un approvisionnement en eau potable dans les PMA, contre 69 % dans l´ensemble des pays en développement. Sept seulement des 22 PMA pour lesquels des données sont disponibles atteindront l´objectif de développement du Millénaire - qui est de réduire de moitié entre 1990 et 2015 la proportion de la population n´ayant pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable.

Une croissance économique durable est absolument indispensable pour mener à bien les tâches à accomplir. Il faudra pour cela prendre de nouvelles initiatives de politique générale, aux niveaux tant national qu´international (voir le communiqué UNCTAD/PRESS/PR/2004/011). Ces initiatives doivent avoir pour but de remédier aux faiblesses structurelles qui jouent un rôle dans les facteurs de risque mentionnés plus haut. Si les PMA n´apportent pas eux-mêmes de solutions efficaces aux fins de les éliminer, avec l´appui de leurs partenaires de développement, la reprise économique dont leur groupe bénéficie actuellement se trouvera gravement compromise.


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