Discours de S.E. Mme Ana Dias Lourenco, Ministre du Plan et Ordonnateur National de la République d'Angola

Déclaration de l'Angola à la Troisième Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés



Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Nous vivons aujourd'hui une période de changements très importants qui placent l'humanité au commencement d'une ère de développement et progrès très intense. La globalisation est la voie par laquelle la révolution des technologies de l'information, la révolution informatique et la révolution technologique s'expriment, dans une logique internationale qui intensifie les relations commerciales entre tous les pays du monde. On peut même affirmer qu'aucun pays ne peut échapper aux influences de ces révolutions qui ont démarré dans les pays les plus développés et se sont répandues de façon irréversible.

Cependant, un regard plus vigilant des processus de diffusion et d'intégration des résultats des révolutions technologiques révèle l'existence d'importantes asymétries entre pays développés et sous-développés. Et selon les révélations des plus éminents spécialistes du phénomène de la globalisation, la pauvreté est une des plus dramatiques conséquences du processus de croissance économique mondial, qui ne se développe pas de façon égale et ne déclenche pas les mêmes effets sur les différents systèmes sociaux nationaux.

Ce phénomène d'exclusion et de marginalisation qui se développe dans de nombreuses régions du monde est la traduction évidente et relevante des inégalités internationales, du chômage croissant, de la dégradation des relations d'échange et de l'asymétrie dans les échanges internationaux de capitaux.

Devant ce processus de globalisation de l'économie, vers laquelle tous les pays sont attirés, seulement quelques stratégies appliquées en conséquence, pourront minimiser les effets pervers et potentialiser les résultats positifs sur les contextes nationaux.

Dans ce domaine particulier nous devons signaler quelques aspects relevants qui ont une incidence fondamentale pour la diminution des effets de globalisation dans nos pays et pour qu'elle soit bénéfique pour tous :

- Augmentation de l'Aide Publique au Développement et des flux d'investissement ver s les PMA's ;

- Elimination totale de la dette des PMA's ;

- Accès libre et sans quotas aux marchés des pays développés, des produits en provenance des PMA's et conséquente élimination des barrières tarifaires qui difficultent l'implémentation de cet objectif. Nous devons ici saluer tous les pays développés et non développés et la Communauté Européenne tout particulièrement pour les résolutions prises en ce sens et que démontrent bien, leur engagement en faveur des PMA's.

- Intégration plus importante de nos pays dans le commerce mondial non seulement par l'augmentation de notre part dans les échanges internationaux mais également par notre participation active et dynamique à l'élaboration des règles du commerce international plus justes et équitables.

- Combat efficace contre les maladies contagieuses (SIDA, tuberculose, malaria, etc) et acquisition des médicaments à des prix abordables et non spéculatifs.

- Protection accrue de l'environnement par le combat contre la désertification et les effets négatifs des gaz sur la couche d'ozone.

Mon pays traverse aujourd'hui une phase très difficile de son cheminement vers le progrès et la pleine intégration dans les circuits économiques internationaux. Comme Leurs Excellences le savent, l'Angola se trouve encore dans une situation de conflit militaire interne, dont résultent des conséquences adverses pour les processus de reconstruction économique et de progrès social. Le Gouvernement et les Institutions de l'Etat ont développé des efforts''~fin d'inverser la situation, par le biais d'un ensemble de politiques et de mesures en vue de l'établissement de la Paix, de la Réconciliation Nationale et de la stabilité macroéconomique.

La situation sociale du pays continue critique. Le taux global de pauvreté est estimé entre 64,5% et 67,5%, le PIB National n'a augmenté que de 2,1% durant l'année 2000 . Finalement on a estimé que le taux de croissance réel du PIB pour l'année 2001 atteindra 3,4%, ce qui est un score modeste malgré le défi.

Le Gouvernement, dans le cadre du processus politique en vue de la recherche de la paix, a créé un Fonds pour la Paix et la Réconciliation Nationale avec la participation de toute la société (partis politiques, Eglises, ONG's, Associations civiques, Secteur privé, etc). Le Gouvernement, qui a mis en place un programme de réformes économiques avec le soutient du FMI et de la Banque Mondiale, a initié l'élaboration d'une stratégie nationale de réduction de la pauvreté et a mis en oeuvre un agenda social dans le cadre de son Programme Economique et Social. Cet agenda est tourné vers l'allégement de la situation de carence qui touche une partie importante de la population.

Le Gouvernement souhaite avant tout consolider les réformes économiques et institutionnelles déjà entreprises, soutenir la stabilité macro-économique, consolider l'Etat de droit et, par conséquent créer les conditions pour la mise en oeuvre d'un processus profond de renversement de la pauvreté et de reconstruction et développement du pays.

Mais, malheureusement, pour les populations angolaises il ne s'agit pas uniquement de faire face aux conséquences de la globalisation, elles doivent aussi affronter les aigreurs de la guerre qui empêchent que de croissantes ressources puissent être orientées vers des domaines stratégiques, comme l'éducation.

Parmi les différents ingrédients nécessaires au démarrage économique, l'éducation est, de toute évidence, un des plus essentiels. Selon la Banque Mondiale, l'impact sur le PIB à long terme d'une augmentation d'une année du niveau d'éducation moyen de la population, varie entre 4 et 9%, selon le niveau initial. L'engouement exceptionnel qui a été accordée par les pays d'Extrême Orient à l'investissement de l'éducation à partir des années 50 constitue, de ce point de vue, un des aspects fondamentaux du succès économique (cette priorité à l'éducation s'est traduite principalement par une grande attention accordée à l'enseignement primaire et secondaire et à la promotion de l'éducation des femmes). La stratégie de réduction de la pauvreté que l'Angola a élaborée accentue l'importance stratégique du capital humain, comme l'unique échappatoire à la pauvreté.

L'impact des investissements massifs dans l'éducation sur le développement économique est triple: le haut niveau d'instruction des forces de travail favorise l'apprentissage des techniques modernes et permet l'augmentation de la productivité économique des pays, le caractère massif et non élitiste de l'éducation agit de façon positive sur la distribution des revenus; finalement, l'attention prêtée à l'éducation des femmes a comme conséquence l'élévation du niveau culturel et éducatif des familles, ce qui leur permet d'économiser une partie plus importante de leurs revenus.

Un autre grave problème associé à la pauvreté est le chômage. L'Angola présente un taux de chômage très élevé, dont les causes sont liées à la désarticulation productive, à l'oisiveté de la capacité existante et au chômage de longue durée.

Une réponse possible, à long terme, suppose l'élévation du niveau général des qualifications (le déjà mentionné pari de l'éducation, dans le contexte des priorités des gouvernements nationaux en matière d'investissements publics) et la pratique des motivations à la reconversion de la main d’œuvre vers des activités de plus grande productivité. Supposant que ce soit viable à long terme, cette stratégie ne permet cependant pas d'absorber le coût social de l'ajustement à court terme.

Ces réponses nationales déterminent l'établissement de véritables contrats sociaux entre les différents intervenants, à savoir, l'Etat, le secteur privé et les représentations syndicales. Ces contrats sociaux doivent s'insérer dans des stratégies de croissance économiques et d'insertion dans des espaces régionaux restreints.

Et c'est justement ici que s'insèrent les stratégies nationales de diminution de la pauvreté. Ces stratégies doivent être considérées comme d'authentiques contrats-programmes entre les différents intervenants, y inclus la communauté internationale. Les objectifs à atteindre et les moyens nécessaires à leur exécution doivent être les fondations maîtresses de ces programmes tournés vers la création de conditions nationales pour une plus grande absorption des résultats des révolutions en cours dans le domaine de la connaissance et de la production du savoir.

MERCI BEAUCOUP.

Ana Dias Lourenço
Ministre du Plan
Bruxelles, le
15 mai 2001