Discours prononcé par le Premier Ministre Guy Verhofstadt

à l’occasion de la troisième Conférence des Nations Unies

sur les pays les moins développés

Bruxelles, le 14 mai 2001

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général,

Excellences,

Chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

 

Vous accueillir ici à Bruxelles, capitale belge et européenne, constitue pour moi un réel honneur.  C’est la première fois que Bruxelles accueille une conférence des Nations Unies d’une telle importance.  Notre pays est honoré de ce choix et le Gouvernement belge contribuera pleinement pour assurer la réussite de cette conférence.

 

Parmi les capitales européennes, le choix de Bruxelles comme ville hôte de cette conférence s’avère pourtant particulièrement indiqué. Les États membres de l’Union européenne entretiennent des liens historiques avec la plupart des pays ici représentés.  Dans un même temps, l’Union européenne est le principal partenaire commercial des pays les moins développés.  Elle représente plus de la moitié des exportations des 48 pays les moins développés – dont 33 sont situés en Afrique – et apporte en outre plus de la moitié de l’aide au développement.

 

Ainsi, au mois de février dernier, le Conseil des Ministres européen a approuvé une initiative concernant l’importation exonérée de tous les produits, à l’exception des armes et des munitions, en provenance des pays les moins développés.  Cette initiative dite “Tout sauf les armes“ renforce notre espoir d’un commerce mondial qui profite également aux pays les moins développés.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi de retenir trois défis que la Belgique entend relever.  En premier lieu, je me permets à nouveau de solliciter votre attention pour la lutte internationale contre le SIDA.  Ensuite, je voudrais m’attarder quelque peu à la problématique cruciale de la remise de la dette. Enfin, je voudrais dire quelques mots sur le conflit en Afrique centrale.

 

Pour ce qui est de la lutte contre le SIDA, la Belgique dispose d’atouts majeurs.  Je pense au rôle de première importance jouée par les établissements et les experts belges “sur le terrain“, à notre Institut de Médecine tropicale ainsi qu’à notre riche expérience en matière de coopération au développement.

 

Les chiffres demeurent d’une actualité effroyable.  De par le monde, plus de 36 millions de personnes, principalement des Africains, sont aujourd’hui contaminés par le virus HIV. En dépit des efforts majeurs déployés par nombre d’instances, le virus progresse inexorablement. Le rétablissement économique des pays frappés par le virus n’est pas envisageable si nous ne parvenons pas à juguler ce fléau.

 

Dans le cadre du Sommet du Millénaire organisé par les Nations Unies à New York au mois de septembre 2000, j’ai annoncé que le Gouvernement belge libérerait dix millions d’euros pour la lutte contre le SIDA.  Suite à cette décision, la Belgique a, l’année passée, quasiment doublé les efforts déployés en la matière.

 

Dans le cadre de sa présidence de l’Union européenne, la Belgique prendra une initiative visant à réunir scientifiques et responsables politiques sur cette question.  Par ce biais, nous entendons initier une large discussion pour intensifier et opérationnaliser la lutte contre le SIDA. 

 

Par ailleurs, l’idée du Secrétaire général des Nations Unies de créer un Fonds pour le SIDA, pour un montant de dix milliards de dollars par an, mérite notre plus grande attention.  Car nous savons tous que le SIDA ne pourra être vaincu que si, dans un même temps, la pauvreté recule.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Ceci me conduit tout naturellement à ma seconde priorité: la remise de la dette des pays les plus pauvres. Sur le plan bilatéral et multilatéral, le Gouvernement belge entend accorder une priorité absolue aux pays les plus pauvres confrontés à un taux d’endettement élevé.  Ce n’est qu’ainsi que ces pays pourront également libérer les moyens indispensables à leur développement. En effet, sans une intervention des pays donateurs, une réelle remise de la dette selon les accords est impossible.  Au niveau multilatéral, un fonds spécial, géré par la Banque mondiale, a pour cette raison été créé. Notre pays y a contribué à concurrence de 2.5 millions d’euros.  Nous libérerons cette année encore une nouvelle contribution de cinq millions d’euros pour ce fonds spécial.

 

Pour ce qui est de la remise bilatérale de la dette, le Gouvernement belge appuie pleinement les décisions prises par le Club de Paris.  Comme vous le savez, les dix-neuf pays composant le Club de Paris ont dégagé un accord qui prévoit de réduire de 90 pour-cent voire plus la dette commerciale garantie des pays les plus pauvres.

 

Par ailleurs, la Belgique s’engage depuis plus qu’une décennie dans cette voie.  Depuis 1990, nous disposons d’une loi qui permet d’annuler en tout ou en partie la somme principale et les intérêts de prêts accordés à des Etats ou à des institutions étrangères. Ainsi, la Belgique a déjà annulé la dette de sept pays. Actuellement, cinq autres pays entrent en ligne de compte pour une telle mesure. Cela représentera un montant total d’environ 55 millions d’euros, avec des échéances allant jusqu’en 2035.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi, à moins de deux mois du début de la Présidence belge, de l’Union européenne, de m’attarder quelque peu sur le processus de paix dans la région des Grands Lacs. Depuis plusieurs mois, nous constatons une évolution positive en Afrique centrale, évolution qui, je l’espère, mènera à l’application entière de l’Accord de Lusaka. Trois éléments sont essentiels à ce sujet : la prise en compte des soucis légitimes de sécurité des différents pays de la région, le retrait des troupes étrangères du territoire congolais et le dialogue inter-congolais. La Belgique espère que ces trois éléments formeront une plate-forme qui lui permettra de lancer, au début de sa Présidence de l’Union européenne et avec tous les Etats membres de l’Union, un plan d’action pour l’Afrique centrale. En effet, la Belgique souhaite utiliser au maximum les indéniables changements qui sont intervenus ces derniers mois en Afrique centrale. Le principal outil pour essayer d’orienter ces développements doivent être, selon moi, les instruments d’aide et de coopération. 

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

 

Pour les pays les plus pauvres, il faut des mesures concrètes leur permettant d’assainir leurs possibilités financières et leur ouvrant de nouvelles perspectives d’avenir.  En effet, pour les pays les moins développés, il ne suffit pas d’élaborer un programme d’action.  Ils attendent des engagements et des mécanismes concrets qui leur permettent de reprendre leur sort en main.  Le Gouvernement belge entend apporter une contribution sensible à cette forme de “self-reliance“ particulièrement actuelle.  Permettez-moi de terminer mon intervention en exprimant le vœu de voir cette conférence aboutir à un maximum d’engagements concrets. 

 

Je vous remercie.