Discours prononcé par le Premier Ministre Guy
Verhofstadt
à l’occasion de la troisième Conférence des Nations
Unies
sur les pays les moins développés
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire
Général,
Excellences,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
Vous accueillir ici à
Bruxelles, capitale belge et européenne, constitue pour moi un réel
honneur. C’est la première fois que
Bruxelles accueille une conférence des Nations Unies d’une telle
importance. Notre pays est honoré de ce
choix et le Gouvernement belge contribuera pleinement pour assurer la réussite
de cette conférence.
Parmi les capitales
européennes, le choix de Bruxelles comme ville hôte de cette conférence s’avère
pourtant particulièrement indiqué. Les États membres de l’Union européenne
entretiennent des liens historiques avec la plupart des pays ici
représentés. Dans un même temps,
l’Union européenne est le principal partenaire commercial des pays les moins
développés. Elle représente plus de la
moitié des exportations des 48 pays les moins développés – dont 33 sont situés
en Afrique – et apporte en outre plus de la moitié de l’aide au développement.
Ainsi, au mois de
février dernier, le Conseil des Ministres européen a approuvé une initiative
concernant l’importation exonérée de tous les produits, à l’exception des armes
et des munitions, en provenance des pays les moins développés. Cette initiative dite “Tout sauf les armes“
renforce notre espoir d’un commerce mondial qui profite également aux pays les
moins développés.
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de retenir
trois défis que la Belgique entend relever.
En premier lieu, je me permets à nouveau de solliciter votre attention
pour la lutte internationale contre le SIDA.
Ensuite, je voudrais m’attarder quelque peu à la problématique cruciale
de la remise de la dette. Enfin, je voudrais dire quelques mots sur le conflit
en Afrique centrale.
Pour ce qui est de la
lutte contre le SIDA, la Belgique dispose d’atouts majeurs. Je pense au rôle de première importance
jouée par les établissements et les experts belges “sur le terrain“, à notre
Institut de Médecine tropicale ainsi qu’à notre riche expérience en matière de
coopération au développement.
Les chiffres demeurent
d’une actualité effroyable. De par le
monde, plus de 36 millions de personnes, principalement des Africains, sont
aujourd’hui contaminés par le virus HIV. En dépit des efforts majeurs déployés
par nombre d’instances, le virus progresse inexorablement. Le rétablissement
économique des pays frappés par le virus n’est pas envisageable si nous ne
parvenons pas à juguler ce fléau.
Dans le cadre du Sommet
du Millénaire organisé par les Nations Unies à New York au mois de septembre
2000, j’ai annoncé que le Gouvernement belge libérerait dix millions d’euros
pour la lutte contre le SIDA. Suite à
cette décision, la Belgique a, l’année passée, quasiment doublé les efforts
déployés en la matière.
Dans le cadre de sa
présidence de l’Union européenne, la Belgique prendra une initiative visant à
réunir scientifiques et responsables politiques sur cette question. Par ce biais, nous entendons initier une
large discussion pour intensifier et opérationnaliser la lutte contre le
SIDA.
Par ailleurs, l’idée du
Secrétaire général des Nations Unies de créer un Fonds pour le SIDA, pour un
montant de dix milliards de dollars par an, mérite notre plus grande
attention. Car nous savons tous que le
SIDA ne pourra être vaincu que si, dans un même temps, la pauvreté recule.
Mesdames et Messieurs,
Ceci me conduit tout
naturellement à ma seconde priorité: la remise de la dette des pays les plus
pauvres. Sur le plan bilatéral et multilatéral, le Gouvernement belge entend
accorder une priorité absolue aux pays les plus pauvres confrontés à un taux
d’endettement élevé. Ce n’est qu’ainsi
que ces pays pourront également libérer les moyens indispensables à leur
développement. En effet, sans une intervention des pays donateurs, une réelle
remise de la dette selon les accords est impossible. Au niveau multilatéral, un fonds spécial, géré par la Banque
mondiale, a pour cette raison été créé. Notre pays y a contribué à concurrence
de 2.5 millions d’euros. Nous libérerons
cette année encore une nouvelle contribution de cinq millions d’euros pour ce
fonds spécial.
Pour ce qui est de la
remise bilatérale de la dette, le Gouvernement belge appuie pleinement les
décisions prises par le Club de Paris.
Comme vous le savez, les dix-neuf pays composant le Club de Paris ont
dégagé un accord qui prévoit de réduire de 90 pour-cent voire plus la dette
commerciale garantie des pays les plus pauvres.
Par ailleurs, la
Belgique s’engage depuis plus qu’une décennie dans cette voie. Depuis 1990, nous disposons d’une loi qui
permet d’annuler en tout ou en partie la somme principale et les intérêts de
prêts accordés à des Etats ou à des institutions étrangères. Ainsi, la Belgique
a déjà annulé la dette de sept pays. Actuellement, cinq autres pays entrent en
ligne de compte pour une telle mesure. Cela représentera un montant total
d’environ 55 millions d’euros, avec des échéances allant jusqu’en 2035.
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, à moins
de deux mois du début de la Présidence belge, de l’Union européenne, de
m’attarder quelque peu sur le processus de paix dans la région des Grands Lacs.
Depuis plusieurs mois, nous constatons une évolution positive en Afrique
centrale, évolution qui, je l’espère, mènera à l’application entière de
l’Accord de Lusaka. Trois éléments sont essentiels à ce sujet : la prise
en compte des soucis légitimes de sécurité des différents pays de la région, le
retrait des troupes étrangères du territoire congolais et le dialogue
inter-congolais. La Belgique espère que ces trois éléments formeront une
plate-forme qui lui permettra de lancer, au début de sa Présidence de l’Union
européenne et avec tous les Etats membres de l’Union, un plan d’action pour
l’Afrique centrale. En effet, la Belgique souhaite utiliser au maximum les
indéniables changements qui sont intervenus ces derniers mois en Afrique
centrale. Le principal outil pour essayer d’orienter ces développements doivent
être, selon moi, les instruments d’aide et de coopération.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Pour les pays les plus
pauvres, il faut des mesures concrètes leur permettant d’assainir leurs
possibilités financières et leur ouvrant de nouvelles perspectives
d’avenir. En effet, pour les pays les
moins développés, il ne suffit pas d’élaborer un programme d’action. Ils attendent des engagements et des
mécanismes concrets qui leur permettent de reprendre leur sort en main. Le Gouvernement belge entend apporter une
contribution sensible à cette forme de “self-reliance“ particulièrement
actuelle. Permettez-moi de terminer mon
intervention en exprimant le vœu de voir cette conférence aboutir à un maximum
d’engagements concrets.
Je vous remercie.