Allocution du Chef de la Délégation du Burkina Faso

a la Troisième Conférence des Nations Unies sur les Pays Les Moins Avances

Bruxelles, 16 mai 2001

 

(Sous réserve de modifications)

 

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,
DISTINGUES DELEGUES,

 

Avant tout propos, je voudrais remercier le Royaume de Belgique et 1'Union Européenne pour 1'accueil chaleureux.

 

MONSIEUR LE PRESIDENT,

 

La Belgique, ce beau et généreux pays et 1'Union Européenne qui nous accueillent pour cet avènement, entretiennent des relations de coopération exemplaires avec le mien. C'est une occasion de les en remercier et de souhaiter que ce témoignage concret de solidarité nous inspire et nous guide tout au long de nos travaux.

 

Il n’est un secret pour personne que cette Troisième Conférence des Nations Unies, consacrée, une fois de plus, aux pays a qui le développement semble hors de porte, a été rendue nécessaire par 1' échec des deux précédentes. Point West besoin de nous attarder sur les causes d'un tel échec, au demeurant bien connues de tous, et qui sont inhérentes principalement au rétrécissement des flux d'aide au développement, au fardeau de la dette, a 1' accès limite des PMA au marche mondial, auxquels s'ajoutent bien évidemment les tares intrinsèques aux PMA mêmes que sont, entre autres, les conflits armés, les catastrophes naturelles, l'absence de démocratie et de bonne gouvernance.

C'est dire qu'en définitive, les causes sont imputables à nous tous, aux partenaires au développement tout comme aux pays concernés par le programme d'action.

 

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

 

Pour le Burkina Faso, la convocation de cette troisième conférence vient à point nommé, à un moment où le nombre de pays les moins avancés à augmenté et où la situation de certains d'entre eux s'est même détériorée, appelant de ce fait une action internationale, à travers l'initiative d'allégement de la dette en faveur des pays pauvres très endettés dont nombre d'entre eux sont des PMA, montrent que cette action est possible ; et peut-être, nous le souhaitons ardemment, cette troisième édition de la Conférence sur les pays les moins avancés en sera la concrétisation la plus tangible.

 

De ce point de vue, le Programme d'action dont le processus de négociation a été ouvert depuis la première réunion intergouvernementale de juillet 2000, offre des bases réelles d'un succès, en ce qu'il est la résultante des programmes d'action nationaux que nos gouvernements ont élaborés. Il prend ainsi en compte, plus que les deux précédents programmes, les réalités et les aspirations des populations bénéficiaires.

 

Les quelques divergences qui existent encore entre les deux parties en négociation doivent rapidement trouver des compromis dynamiques, favorables à l'action pour le développement.

 

Le Burkina Faso est favorable à l'idée d'une assistance à apporter aux pays les moins avancés en cas de catastrophe. Cette assistance devra s'insérer dans la nouvelle stratégie internationale de prévention des catastrophes en vue de soulager immédiatement les victimes et limiter ainsi les importantes pertes en vies humaines qui en résultent.

 

Le processus de mise en oeuvre du prochain programme d'action doit aller au-delà du mécanisme timide de suivi des deux précédents programmes, pour se doter d'une structure effective et efficace, à même de nous rendre compte du suivi des mesures qui auront été arrêtées, des progrès réalisés ou des difficultés rencontrées, afin que des dispositions soient prises à temps pour y faire face. Aussi, ma délégation insiste-t-elle sur l'urgence d'un mécanisme qui réponde aux critères d'efficacité, de visibilité, de flexibilité et d'une certaine autonomie pour agir.

 

Enfin, en ce qui concerne la bonne gouvernance, le Burkina y trouve, non pas une conditionnalité, mais un appel logique à plus de rigueur dans la gestion transparente des affaires publiques, pour une meilleure participation dés populations à la prise en charge de leur propre destinée. Cette exigence a pour autre avantage, l'apaisement des tensions entre gouvernants et administrés, l'instauration de la confiance entre les pouvoirs publics et la population, le renforcement de la crédibilité des gouvernements au niveau de la société civile et de toutes les forces vives de la nation.

 

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

 

Forts des enseignements des deux dernières décennies du développement, nous sommes conscients, tout en comptant sur le soutien de la communauté internationale, que notre destin dépend au premier chef de nous-mêmes. C'est pourquoi la plupart de nos pays ont entrepris avec rigueur des réformes politiques, économiques et sociales en vue d'améliorer les conditions de vie de leurs populations.

 

Au Burkina Faso, le gouvernement a adopté le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, la pauvreté qui est la mère de toutes les tensions et de tous les conflits, la pauvreté qui confine à l'indignité et au désespoir.

 

Le cadre stratégique définit quatre secteurs prioritaires qui sont l'éducation, la santé, l'hydraulique, l'agriculture et l'élevage. La stratégie met l'accent sur les grands principes suivants - un recentrage du rôle de l'État ; - une gestion durable des ressources naturelles ; - la promotion d'un nouveau partenariat, avec les bailleurs de fonds ; - la promotion de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption ; - la prise en compte de la dimension sexospécifique ; - etc..

 

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

 

Notre souhait est que le nouveau programme d'action que nous nous proposons d'adopter, se traduise par un engagement ferme de la part des pays bénéficiaires mais également de leurs partenaires au développement sinon il est d'avance voué à l'échec.

 

Et pour ce faire, le Burkina Faso estime que le cercle des partenaires au développement devra s'élargir afin de renforcer l'action de solidarité internationale en faveur des pays les moins avancés.

 

Les deux dernières décennies ayant été perdues, ce programme devra être en conséquence plus consistant, en terme de volume, et mieux adapté, afin qu'au bilan en l'an 2010, nous puissions faire le constat d'une nette amélioration des conditions de vie des populations des pays les moins avancés et d'une nette diminution du nombre de pays relevant de cette catégorie. Autant dire, d'une part que les partenaires qui ne l'ont pas encore fait, devront enfin accroître leur aide publique au développement pour atteindre l'objectif de 0,7 de leur Produit National Brut, souhaité depuis déjà si longtemps par les Nations Unies et d'autre part, qu'il faudra effectivement mettre l'accent sur les priorités identifiées par les gouvernements dans leurs programmes d'action nationaux.

 

MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

 

La conférence de Bruxelles doit être la manifestation concrète d'une réelle solidarité internationale renforcée, au bénéfice d'une fraction de la population mondiale qui est encore à la traîne du développement mais aussi également au profit de la communauté internationale dans son ensemble, car si les conditions de vie s'améliorent au « Sud du Sud », c'est toute la famille humaine qui s'en portera mieux.

 

Depuis le premier pas de l'homme sur la lune en passant par la conférence de Rio sur la terre, notre monde est devenu un village planétaire dont tous les habitants prennent conscience qu'ils sont liés par un même destin.

 

C'est pourquoi, je voudrais lancer un appel pressant à tous les partenaires ici présents, à la communauté internationale tout entière, afin que le Programme d'action qui sortira de nos travaux s'inscrive dans un nouveau partenariat vrai et sincère pour les dix années à venir.

 

A l'heure même où se tiennent nos assises, des millions d'habitants en Afrique de l'Ouest, en particulier ressortissants des Etats membres du Comité Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel, peinent sous la faim, la maladie et la misère parce que suite à une insuffisance des pluies ces pays connaissent un déficit céréalier des plus alarmants. C'est dire qu'il y a urgence et besoin de partage, de solidarité et de secours.

 

Puisse la présente conférence nous ouvrir cette perspective et nous en faire comprendre l'extrême importance.

 

Je vous remercie/-

 

 

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