DISCOURS D'ACCUEIL

DE  MADAME NICOLE FONTAINE

PRÉSIDENTE DU PARLEMENT EUROPÉEN

LORS DE L'OUVERTURE SOLENNELLE

DE LA 3ÈME CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES

SUR LES PAYS LES MOINS AVANCÉS

Bruxelles, lundi 14 mai 2001

Seul le texte prononcé fait foi

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Majesté,

Monsieur le Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies, Monsieur le Président en exercice de l'Union européenne,

Mesdames et Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement, Monsieur le Président de la Commission européenne,

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les représentants des organisations non gouvernementales, Mesdames et Messieurs,

Le Parlement européen est honoré et heureux d'accueillir cette troisième conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés, et de le faire dans cette enceinte où s'exprime la voix démocratique des 375 millions d'Européens des quinze Etats de l'Union européenne.

Le mois dernier, à Strasbourg, la résolution qu'il a votée à votre intention est un cri d'alarme face au défi mondial de l'aggravation, qui semble irrépressible, de la situation des pays les moins développés.

Est-il tolérable à la conscience de tous ceux qui croient en l'égale dignité de tous les êtres humains et en l'unicité de la communauté humaine, que l'écart entre les pays développés et les PMD soit aussi déséquilibré, que le PIB moyen de ces derniers soit dans un rapport de 100 à 1, que leur différentiel de croissance par habitant soit dans un rapport de 6 à 1, que les termes des échanges économiques se soient dégradés de 30% en deux ans, que l'espoir moyen de vivre s'y arrête à 51 ans contre 74, qu'un enfant sur dix y meure encore à sa naissance, que moins d'une personne sur deux, dont principalement les femmes, accède à la maîtrise élémentaire de la lecture, de l'écriture et du calcul, que l'aide internationale ait régressé à son niveau d'il y a trente ans ?

Face à ces terribles indicateurs, force est de constater qu'ensemble, pays industrialisés et pays émergents, nous avons largement échoué, en un demi-siècle, et en dépit des aides financières internationales et du dévouement de milliers d'ONG, à éradiquer la pauvreté et le sous-développement dans le plus grand nombre des pays qui ont accédé à l'indépendance après la fin des colonisations.

Aussi, le Parlement européen forme le vœu que cette troisième Conférence mondiale soit un lieu de vérité et de remise à plat de nos stratégies partenariales de développement, en les fondant notamment sur l'ouverture sans droits ni limite, des marchés des pays développés aux produits des PMD, sur l'effacement généralisé de leur dette, sur le redressement de l'aide internationale au niveau minimal des engagements antérieurs, sur le soutien prioritaire aux économies d'autosubsistance, essentiellement agricoles et artisanales, plutôt qu'aux entreprises publiques lorsque celles-ci deviennent des gouffres, sur l'accès des paysans à la terre, sur la maîtrise locale des petites industries de transformation, sur les micro-crédits de financement, sur la promotion par l'éducation du rôle majeur des femmes, sur la protection de l'environnement, sur l'apaisement des conflits régionaux et l'éradication du commerce des armes, sur la révision des sanctions internationales lorsqu'elles finissent par ne frapper que les populations les plus vulnérables.

Il n'est pas possible d'envisager que le nouveau millénaire puisse se développer en maintenant, voire en aggravant, le fossé qui sépare les pays riches, qui continueraient à vivre dans le confort de leur aisance, et les pays où le sous-développement et la guerre civile laissent plus de deux milliards d'être humains, dans la faim, la maladie, l'asservissement ou la terreur.

Ainsi, il est profondément révoltant, face aux pandémies qui ravagent de nombreux PMD, et notamment le sida, que les médicaments qui, permettent, à tout le moins, de stabiliser le mal et de réduire la souffrance, demeurent, pour des raisons d'indifférence internationale ou de profit, inaccessibles aux populations les plus pauvres et les plus menacées ?

Le libéralisme économique qui s'impose aujourd'hui à travers le monde, et dont nul ne peut sérieusement contester qu'il est préférable, y compris socialement, au dirigisme étatique de l'économie, n'est acceptable et bénéfique que dans la limite où il prend en compte la dimension humaine des hommes et des femmes qui travaillent et génèrent, par leur travail, des richesses, accrues.

En ce qui concerne l'Union européenne, comme vous le savez, elle est appelée au cours de la présente décennie à s'élargir à une douzaine de nouveaux Etats membres de l'Europe centrale, orientale et méditerranéenne.

Cet élargissement s'impose pour des raisons de justice à l'égard de ces pays et pour rendre irréversibles la paix et la démocratie sur l'ensemble du continent européen. Il nécessite aujourd'hui de grands efforts financiers préalables. Mais je tiens à dire qu'il ne saurait se faire et ne se fera pas au détriment des relations et de l'aide internationale que l'Europe apporte et doit apporter aux pays les plus pauvres du monde et notamment ceux du Sud.

Les accords de Cotonou, qui viennent d'être signés avec 77 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, et qui réunissent 39 des 48 PMD, en sont le témoignage. Il en est de même -de l'initiative récente, prise par la Commission européenne, en vue d'accorder le libre accès aux marchés de l'Union, à tous les produits

4 originaires des PMD, à l'exception naturellement des armes et des munitions. Il en est de même encore de la décision prise par les plus grands pays contributeurs de l'Europe, d'effacer le poids de la dette des PMD.

L'Assemblée que j'ai l'honneur de présider et l'Europe dans son ensemble, seront d'autant plus ouvertes à étendre leur soutien au développement des pays les plus pauvres du monde, que ce développement s'effectuera dans le respect des valeurs universelles auxquelles tous nos pays ont souscrit en adhérant à la Charte des Nations Unies, et que nous venons pour notre part, de rassembler et d'étendre en signant à Nice notre charte des droits fondamentaux.

L'élimination du travail forcé des enfants, la promotion de la démocratie, et de l'état de droit, le respect des libertés fondamentales, la liberté de la presse, l'égalité entre les hommes et les femmes, sont à cet égard des éléments déterminants de l'adoption par le Parlement européen des accords de coopération qui requièrent son approbation.

Soyez assurés que le Parlement européen suivra vos travaux avec la plus grande considération, et en son nom, je forme des vœux ardents pour la fécondité de vos délibérations et je vous assure de sa pleine collaboration pour la mise en oeuvre des engagements mutuels qui en résulteront.

Je vous remercie.