UNLDCBRU/ST/1S
THIRD UNITED NATIONS CONFERENCE ON
STATEMENT BY:
H.E. Mr Alpha Oumar Konare,
Special Event
INTERVENTION
MONSIEUR
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
A LA TROISIEME
CONFERENCE DES
AVANCES.
(Bruxelles, le 14 Mai
2001)
Le cas du Mali, mon pays, resume bien
la situation de nombreux pays parmi les moins avances.
Les indicateurs sociaux disponibles sur
la periode 19982000 revelent une augmentation preoccupante de la pauvrete
meme si le rythme d'accroissement du phenomene connait un ralentissement suite
a des efforts certains.
En effet, ('incidence de la pauvrete est
passe' de 71,6% en 1996 a 64,2% en 1999.
L'indice de developpement humain est inferieur
a 0,50 (0,34 en 1999).
Sont plus parlantes
les indications suivantes:
- pres de 50% des maliens ont moins de
15 ans et ont une esperance de vie a la naissance de 55 ans pour les hommes et de 58 ans pour les
femmes ;
- un enfant malien sur 5 meurt encore
avant Page de 5 ans ;
- un enfant malien sur 3 souffre de malnutrition
chronique ;
- un malien sur 2, une malienne sur 3
n'a plus de chance d'aller a I'ecole ;
- seul un malien sur 2 a acces a ('eau potable avec un revenu
moyen annuel par habitant inferieur a 1500 Francs frangais, moins de 300 dollars ; plus de 50%
des maliens ont un revenu journalier de I'ordre de 3 francs frangais.
Excellences, Mesdames
et Messieurs,
Cette situation grave et dramatique nest
pas une fatalite. Elie releve de notre responsabilite premiere.
Nous I'assumons ; elle releve de la mission
qui est la notre ; elle sera relevee par, d'abord les maliennes et les maliens
avec le soutien de leurs partenaires.
II est d'abord indispensable de creer
les conditions politiques favorisant
la paix sociale, la bonne gouvernance, la transparence dans la gestion, la
lutte contre la corruption par la fin de I'arbitraire et is promotion des
libertes d'association et d'entreprise, la promotion des droits sociaux et
du dialogue social, la consolidation de I'Etat de droit.
L'amorce d'un developpement durable signifie
en ce debut du 3eme millenaire, pour nous,
que chaque village malien puisse disposer dans un cadre securise et libéré:
- d 'un clos d'enfants pour les tout-petits
;
- d'une ecole ou d'un centre de culture
et d'education de base ;
- dun puits d'eau potable ;
- d'une caisse de micro-credit ;
- d'une banque de cereales ;
- dune plate-forme multifonctionnelle
permettant la distribution de I'eau et de I'electricite.
Pour ce faire, nous avons ete amenes
a determiner un certain
nombre de secteurs prioritaires a investir: la sante a partir- de ('Initiative de Bamako, Initiative visant a garantir I'acces de tous aux
soins de sante primaire (SSP), la gestion communautaire des SSP, la gestion
et ('utilisation rationnelle des medicaments essentiels, le financement regulier
des services de sante ; le developpement rural pour assurer la securite alimentaire;
I'environnement, droit fondamental a assurer pour preserver I'ecosysteme des degradations
et instaurer une bonne gestion des ressources naturelles ; les infrastructures
de base qu'il s'agisse des telecommunications, d'electricite, des transports,
des Nouvelles Technologies de ('Information et de Communication (NTIC) ; la
decentralisation et la cooperation regionale.
Parmi ces secteurs a investir, la part de ('education
demeure prioritaire notamment ('education des femmes singulierement celle
de la petite fille.
La formation des ressources humaines de
qualite et en nombre suffisant demeure une des cles pour gagner la bataille
contre la pauvreté.
Nous devons engager la refondation des
systemes e'ducatifs actuels a partir des collectivites locales sur la base de notre environnement
naturel, social et culturel (notamment de nos langues nationales) pour depasser
les crises multiples en cours et pour mieux nous adapter aux exigences de
developpement de nos pays et celles de la mondialisation. On ne saurait developper
aussi une education de base dans une logique de dependance.
II est a craindre que les objectifs fixes par certaines
rencontres recentes, notamment le Forum Mondial sur I'Education tenu en avril
2000 a Dakar (Senegal) a savoir realiser la scolarisation universelle d'ici a
A quoi sert-il de construire des classes
en dur si elles doivent etre depourvues de maitres ?
Pourquoi ne pas soutenir temporai rement
le recrutement d'un maitre quand on sait que fournir un lieu de culture et
d'education, fut il en pise, fut il en plein air, est plus facile pour les
populations locales; des populations locales qui doivent necessairement apporter
leur contribution ? Doit on se cantonner a vouloir financer les seuls projets d'education
et de sante et renoncer a investir par exemple dans les infrastructures?
Nous devons nous liberer des approches
dogmatiques pour soutenir les mouvements des populations et comprendre que
le projet social ne sera liberateur que dans un contexte de developpement.
Si la bataille de I'Education nest pas
gagnee, la lutte contre la pauvrete ne peut pas etre gagnee.
Pour nous, il est incomprehensible que
des ressources soient difficiles a mobiliser pour doter chacun des huit mille (8 000) villages
maliens d'une ecole, dun maitre d'ecole et doter chacune des sept cent une
(701) communes du Mali d'Internet.
Le Cout a e engager represente moins que
ce que nous avons rembourse pour I'annee 2000 au titre de la dette, soit environ
cinquante cinq millions de dollars (55 000 000 $) ! Cinquante cinq millions
de dollars (55 000 000 $) pour doter chaque village malien d'un maitre d'ecole
porteur de I'ecole, et chaque commune du Mali d'Internet!
II est inacceptable pour nous les projections
actuelles qui indiquent que dans quinze (15) ans un malien sur 4 restera analphabete.
Le defi d'apprendre et d'etre branche
sur Internet est notre.
Ce serait une erreur tragique pour les
pays les moins avances de tourner le dos a cet outil.
Son appropriation nous permettra de conforter
I'Etat de droit, une meilleure gestion de I'Etat civil et des listes
Son appropriation nous permettra de gagner
du temps et de nous situer resolument dans le monde et dans le siecle.
Excellences, Mesdames
et Messieurs,
Vous aurez constate que nous avons choisi
le cadre de is commune, fruit de la decentralisation, comme cadre de developpement,
cadre de resolution des besoins elementaires, cadre privilegie de responsabilite
et de solidarite, de liberation d'initiatives et de controle populaire.
Les associations, les ONG, plus generalement
la societe civile deviennent des acteurs incontournables de la promotion de
I'Homme et de son cadre, de son espace de vie a cote de I'Etat, un Etat expression
veritable du tissu social.
Excellences, Mesdames,
Messieurs,
Face au defi de la mondialisation, outre
les actions nationales pour la reduction de la pauvrete, la strategie de developpement
du Mali s'inscrit dans le cadre de ('integration regionale notamment de I'uEMOA
et de la CEDEAO. Resolument engages dans le processus d'acceleration de ('integration
en Afrique de I'Ouest, les pays de la sous region ont exprime une volonte
tres forte Waller rapidement vers la realisation d'une Federation des Etats
de I'Afrique de I'Ouest a travers la consolidation des acquis economiques
de la CEDEAO et le renforcement de sa dimension politique.
Cette acceleration de la dynamique d'integration
est devenue possible aujourd'hui grace a la comprehension par tous dans la region des
avancees remarquables de I'Union Economique et Monetaire Ouest Africaine (UEMOA)
et du role de locomotive du Nigeria en Afrique de I'Ouest et en Afrique.
C'est dans le cadre de cette vision que I'Afrique de I'Ouest entend contribuer a la realisation de I'Union Africaine qui entrera en vigueur le 26 Mai 2001 pour aider I'Afrique a faire face au defi de la mondialisation.
La convergence de nos politiques economiques,
le developpement de nos echanges et la construction des unions douanieres
nous paraissent desormais comme des conditions de survie.
Mais, il importe ce nou.s semble qu'un
leadership africain regroupant un certain nombre de pays africains s'affirme
pour donner ('impulsion, assurer la veille et la garde. Aucun partenariat
ne saurait se substituer
Dans ce sens, il est necessaire, ce nous
semble, de prendre en compte les reflexions conduites par les presidents BOUTEFLIKA
d'Algerie, OBASANJO du Nigeria, Thabo M'BEKI de I'Afrique du Sud, reflexions
enrichies par le plan OMEGA propose par le president WADE du Senegal. Reflexions
destinees a etablir les bases d'un partenariat pour le renouveau de I'Afrique.
Le partenariat pour le renouveau de I'Afrique,
je cite, « est un engagement de la part des leaders africains fonde
sur une vision commune et une conviction forte et partagee qu'ils ont le devoir
pressant d'eradiquer la pauvrete et de placer leurs pays individuellement
et collectivement sur le chemin d'une croissance et d'un developpement durable
et de participer activement a I'economie et au systeme politique mondiaux .
L'objectif de cette initiative est de
sortir I'Afrique de la marginalisation de I'Afrique du processus de mondialisation
et ('exclusion sociale de la vaste majorite de ses populations en changeant
la relation qui la soustend. Les africains n'appellent ni au renforcement
de leur dependance a travers les aides, ni a des concessions marginales », mais bien
a un financement global et durable
du developpement.
Excellences, Mesdames,
Messieurs,
A cet egard, la 3eme Conference sur les Pays les Moins Avances (PMA) est de par
sa tenue meme une avancee ; elle est aussi un test pour la Communaute internationale
apres la Declaration du Millenaire. Le succes ne sera la que si s'affirmait davantage
la volonte de passer a des actes concrets, d'envisager des mesures plus fortes
et plus hardies de financement du developpement, d'accroitre I'efficacite
de I'aide extérieure et de regler
les problemes qui entravent le developpement durable des PMA.
En effet, comme vous le savez, les economies
des PMA sont fragiles car peu diversifiees et soumises constamment aux vicissitudes
et aux tourmentes de I'economie mondiaie face auxquelles elles sont peu armees.
La volatilite des prix du petrole et du
gaz affecte particulierement les PMA. Les PMA non exportateurs de p'trole
ont e'te' doublement touch's par la combinaison des faibles prix des matieres
premieres et par I'augmentation des factures d'importations petrolieres. II
en a resulte des termes de I'echange negatifs , un endettement accru et des
difficultes pour financer les services sociaux. Par exemple, la recente augmentation
des prix petroliers a compromis les effets positifs attendus de la reduction
de dette accordee au Mali dans le cadre de i'initiative des pays pauvres tres
endettés (PPTE).
D'un autre coté, les PMA en general
et I'Afrique en particulier sont victimes des chutes dramatiques des cours
de leurs principaux produits de base, toutes choses qui aneantissent en une
annee les resultats d'efforts accumules sur plusieurs annees. Le cas de mon
pays est edifiant a cet egard. En effet, la baisse du cours du coton et de I'or conjuguee malheureusement
d'une baisse de la production cerealiere ont fait passer notre economie d'une
situation de croissahce soutenue jusqu'en 2000 a une situation de recession
economique, triste souvenir des annees 70 et 80.
C'est dire toute la fragilite de nos economies
face a ces chocs exterieurs et donc la necessite dune solidarite internationale pour
faire face a ces défis majeurs.
Excellences, Mesdames,
Messieurs,
Face au faible acces des PMA, en genera(
et de I'Afrique en particulier au marche mondial, des dispositions particulieres
devraient etre recherchees pour leur permettre d'accroitre leur part dans
le commerce mondial mais aussi leur assurer des cours remunerateurs de leurs
produits de base. II est bien d'ouvrir a nos produits I'acces aux marches des pays developpes.
Mais il est tout aussi capital de renforcer nos capacites pour < traduire
ces opportunites en croissance des exportations... de transformer nos secteurs
exportateurs de matieres premieres en secteurs exportateurs de produits industriels
> . Pour cela, il nous faut I'appui massif exceptionnel parce que nous
entendons etre des acteurs et non des sujets de la mondialisation.
D'autres contraintes majeures handicapent
dangereusement le developpement des PMA. II s'agit entre autres du poids de
la dette exterieure et des conflits armes.
Aucun développement durable nest
aujourd'hui envisageable sans un reglement juste du probleme de la dette exterieure.
La dette doit pouvoir etre transformee en fonds de financement de projets
de developpement, notamment dans les secteurs sociaux (sante, education...)
sans nouvelles condition nalites paralysantes. Ne nous leurrons pas cependant,
la seule annulation de la dette sans une aide publique substantielle ne permettra
jamais a des pays comme le mien de se relever.
Excellences, Mesdames
et Messieurs,
Autant de defis qui exigent une democratisation
des relations internationales pour:
- plus de ressources a mettre a la disposition d'institutions
telles I'UNICEF, le FNUAP, le HCR... ;
- plus de justice avec une gestion solidaire
de la dette, des hydrocarbures, une juste remuneration de nos matieres premieres,
un accroissement de I'aide publique au developpement ;
- plus de justice avec I'exigence morale
et politique de rendre disponibles les medicaments pour le traitement de certaines
maladies comme la terrible pandemie du SIDA, le SIDA traite comme une exception
: un engagement moral et un soutien materiel au fonds mondial de lutte contre
le SIDA annonce par le Secretaire General des Nations Unies ;
- plus de justice avec I'exigence que
les dimensions politiques des organisations economiques et financieres internationales
soient renforcees et que les Etats n'abdiquent pas devant leurs responsabilites.
La seule logique monetaire, la seule logique du marche sans la prise en compte
des dimensions sociales conduit a un elargissement de la pauvrete comme c'est
le cas aujourd'hui, helas dans beaucoup de nos pays.
Dans la mise en oeuvre aujourd'hui des
Programmes d'Ajustement, il apparait necessaire de conforter les ressources
humaines nationales, d'autres projets alternatifs endogenes, I'espace sous-regional
comme cadre privilegie de developpement ;
- plus de justice pour que I'initiative
d'allegement de la dette des Pays Pauvres Tres Endettes (PPTE) et les nouvelles
strategies de lutte contre la pauvrete ne deviennent de nouveaux mythes servant
de pretextes aux pays nantis pour se soustraire a leur responsabilite pour un developpement solidaire.
Mais nous refusons que la nouvelle croisade
contre la pauvrete soit menee sans le respect des demunis, des millions d'hommes
et de femmes, d'Organisations Gouvernementales et Non Gouvernementales engages
depuis longtemps dans ce combat.
La lutte contre la pauvrete ne saurait
etre un slogan, un titre, un discours, des mots, des rapports, des etudes
seulement face a une realite vivante en progression constante, a des manques de plus en plus criards.
Sans cette justice, cette solidarite,
disons ce droit au developpement, rien, nous disons rien durablement n'arretera
I'exode des cerveaux, I'exode des bras, I 'emigration.
Rien n'arretera les violences, la violence
suicidaire.
Excellences, Mesdames,
Messieurs,
Comme j'ai eu a le souligner lors d'une recente rencontre, les
difficultes actuelles de I'Afrique traduisent une crise de croissance structurelle,
consequence de la faill'ite dun certain type d'Etat et deficit democratique
dans bien des cas.
Ces difficultes peuvent encore perdurer.
Mais nous restons persuades que malgre les conflits qui interpellent d'abord
les Africains, malgre une pauvrete grandissante, malgre la persistance dun
certain nombre de maladies (le paludisme et le SIDA entre autres) I'avenir
se decline aussi Afrique, de plus en plus Afrique, parce qu'en marche democratique,
une Afrique sortie de la nuit de la traite et du colonialisme, une Afrique
forte de ses immenses ressources humaines et materielles, forte du poids de
son Histoire, assuree d'un bon positionnement, de la volonte de sa jeunesse
de ne pas courber I'echine, de sa soif de renaissance, d'occuper sa place,
toute sa place.
Mais, il importe que cette Afrique soit
assuree d'un veritable partenariat.
Pour vaincre la pauvrete et parvenir a un developpement durable,
tous ensemble, oeuvrons pour I'avenement d'un Monde plus respectueux de la
dignite humaine, des valeurs de liberte et de partage, un Monde plus juste
et plus solidaire.
Merci, Monsieur le Secretaire General
de nous avoir invité.
Tous mes respects et toute ma consideration
a tous les Chefs d'Etat, Presidents des Institutions Internationales, Chefs
de Delegations ici presents.
Merci, pour votre bienveillante
attention.