Déclaration de
S.E. M. Mohamed Dild Nany, Ministre des Affaires Economiques et du Développement, Mauritanie,
le 15 mai
2001, à Bruxelles, lors de la 3e
Conférence des Nations Unies sur les Pays Moins Avancés.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,
Monsieur le Secrétaire Général de la CNUCED,
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais au début de mon intervention remercier l'Union Européenne et le
Secrétariat Général des Nations Unies pour les excellentes dispositions prises
pour l'organisation de cette troisième conférence
sur les pays les moins avancés (PMA) pour l'invitation adressée à notre pays en
vue d'y prendre part.
Cette conférence est-il utile de le rappeler est appelée
à adopter un plan d'action pour les PMA couvrant la décennie 2001-2010 afin de
promouvoir un développement durable de ces pays, de lever les contraintes
multiples qui handicapent encore ceux-ci, de favoriser leur intégration dans
l'économie mondiale et de leur permettre de tirer profit des immenses
opportunités désormais ouvertes par les progrès technologiques dans les
domaines de l'information et de la communication.
Monsieur le Président,
La conférence qui nous réunit aujourd'hui est la 3ème du genre après celles tenues à Paris en 1981 et en 1990. Elle témoigne de
l'intérêt que porte la Communauté internationale à la situation de cette
catégorie de pays classés parmi les moins développés dont le nombre est
aujourd'hui de 49 dont 34 en Afrique.
Ces pays ont
en commun la faiblesse des indicateurs de développement, qu'il s'agisse de
l'Indice de Développement humain durable ou de revenu per capita (moins de $
800), l'état peu satisfaisant des infrastructures 'de base, la trop grande
vulnérabilité de leurs économies aux chocs extérieurs compte tenu de
l'étroitesse de leur base productive, la difficulté d'accès aux capitaux
étrangers et enfin les problèmes liés au cadre institutionnel et à la faiblesse
des capacités nationales en matière de conception, de mise en oeuvre et de
suivi-évaluation des programmes et projets de développement.
En dépit des engagements pris lors des deux premières
conférences par les pays donateurs et les organisations internationales
compétentes, le bilan des stratégies élaborées en faveur des P.M.A est assez
mitigé et le troisième millénaire s'ouvre pour cas pays sur un constat
largement partagé marqué dans la plupart des cas par la dégradation des
conditions de vie, l'accentuation de la pauvreté et la marginalisation
croissante dans les échanges internationaux et dans l'accès aux nouvelles
technologies de l'information et de la communication. L'on peut affirmer que
l'écart des niveaux de vie et l'écart technologique se sont largement creusés
au cours de la dernière décennie entre les pays développés et les pays en voie
de développement et particulièrement les moins avancés d'entre eux et que
l'environnement international reste peu favorable à ces derniers du fait de la
baisse persistante de l'aide publique du développement, de la détérioration des
termes de l'échange de leurs produits d'exportation, de la difficulté d'accès
aux marchés des capitaux privés et de l'importance de leur endettement extérieur.
Monsieur le
Président,
En dépit des préoccupations légitimes qu'inspire la situation décrite
précédemment, je voudrais relever quelques initiatives récentes qui incitent à
un certain optimisme.
Premièrement, le renforcement de l'initiative en faveur
des pays pauvres très endettés (P.P.T.E.) décidée lors du. sommet du G8 en juin
1999 à Cologne en Allemagne et mise en oeuvre par la Banque Mondiale et le
Fonds Monétaire International est en train de connaître une réelle impulsion,
ce qui ne manquera pas de soulager la situation des pays éligibles.
22 pays ont atteint à ce jour le point de décision, ce
qui peut conduire à un allégement de leur dette de près de 34 milliards de
dollars, montant qui pourrait être porté à 53 milliards de dollars en y ajoutant
les allégements qui seraient consentis par d'autres créanciers, bilatéraux
notamment.
Deuxièmement, l'initiative prise par l'Union Européenne
(Tout sauf les Armes) et celle décidée par le Gouvernement américain, La loi
sur les opportunités de la croissance en Afrique (A.G.O.A.), et visant à
faciliter l'entrée en franchise des droits de douane et sans quotas des
principaux produits originaires des P.M.A. méritent d'être saluées. Nous
formulons le vœu que les autres grands pays industrialisés qui n'ont pas encore
de systèmes équivalents puissent se joindre à ces initiatives en vue d'ouvrir
leurs marchés aux exportations des P.M.A., ce qui constituera une contribution
appréciable à l'essor de ces pays.
Je voudrais également mentionner le cadre intégré d'assistance
technique lié au commerce en faveur des P.M.A. dont l'objectif est de mettre en
place une stratégie commerciale devant favoriser une croissance durable
privilégiant les populations pauvres.
Notre pays a été admis dans la phase pilote de ce cadre intégré.
Monsieur
le Président,
Mesdames,
Messieurs les Chefs de délégation,
Monsieur
le Secrétaire Général de la CNUCED,
Mesdames,
Messieurs,
Tout en reconnaissant l'importance de l'appui
multiforme que nous attendons des pays donateurs et des organismes
internationaux représentés à cette conférence, le développement de nos pays et
l'amélioration des conditions de vie de nos populations relèvent avant tout de
notre responsabilité et de notre devoir. Aussi est-ce avec détermination et
rigueur que la République Islamique de Mauritanie s'est engagée depuis le
milieu des années 80 sous la direction clairvoyante du Président de la
République, Monsieur Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya, dans l'élaboration et la mise
en oeuvre d'une stratégie ambitieuse de développement fondée sur
l'épanouissement des libertés politiques, sur l'amélioration rapide des
indicateurs de développement humain durable, sur le renforcement du rôle du
secteur privé comme moteur de la création des revenus et sur le respect des
règles de la bonne gouvernance.
Au
plan politique, mon pays a achevé en 1991 la mise en place d'une démocratie
pluraliste initiée en 1986 avec les premières élections municipales libres et
qui consacre la garantie et l'exercice des libertés collectives et
individuelles fondamentales : liberté d'expression, liberté d'organisations
politiques, liberté syndicale. La tenue depuis cette date de consultations
régulières pour l'élection au suffrage universel direct du Président de la
République, des députés et des conseils municipaux témoigne de la consolidation
de notre processus démocratique et de la maturité de notre peuple.
Au plan économique et social, les réformes
mises en oeuvre depuis plus de 15 ans ont permis de restaurer les équilibres
économiques intérieur et extérieur, de relancer la croissance économique qui
s'est établie à 4,4 % en moyenne au cours de la période 1992-99, de maîtriser
l'inflation estimée à 3,5 % en 2000 et d'améliorer de manière sensible les
indicateurs sociaux liés à la scolarisation, à la santé, à l'alphabétisation, à
l'accès à l'eau potable et de faire reculer la pauvreté dont le taux de
prévalence a diminué de 56,6 % en 1990 à 50,5 % en 1996.
Fort
de ces acquis, de la confiance des partenaires au développement et du climat de
paix et de sécurité dont jouit le pays, grâce à Dieu, le Gouvernement vient
d'achever l'élaboration du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté qui
est désormais le document de référence en matière de politique de développement
économique et social pour la période 2001-2015. L'élaboration de ce document a
été faite dans le cadre de l'initiative renforcée en faveur des pays pauvres
très endettés (P.P.T.E.) à laquelle notre pays a été déclaré éligible récemment.
Ce document qui a été élaboré suivant une démarche participative soutenue
associant l'administration, les représentants des collectivités locales, des
organisations de la société civile et les partenaires au développement a été
approuvé au début de cette année par les conseils d'administration de la Banque
Mondiale et du Fonds Monétaire International.
La
vision qui sous-tend la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté
s'articule autour d'un programme d'actions intégrées qui s'attaque simultanément
aux déterminants de la pauvreté et repose sur quatre grands axes :
lièrement : l'accélération de la croissance économique qui est la base de toute
réduction de la
pauvreté. I1 s'agit d'améliorer la compétitivité de l'économie, de renforcer le
rôle du secteur privé, de diversifier la base productive, de réduire la
vulnérabilité de l'économie aux chocs exogènes, de consolider le cadre
macro-économique et de développer les infrastructures structurantes.
2ièment : la valorisation du potentiel de croissance et de productivité des pauvres
et la promotion des secteurs profitant directement aux pauvres et à leurs zones
de concentration.
3ièmement : le développement des ressources humaines et l'accès aux services
essentiels (eau, assainissement, éducation, santé).
4ièmement : là promotion d'un développement institutionnel appuyé sur la bonne
gouvernance et sur l'implication des acteurs de la lutte contre la pauvreté
dans la mise en oeuvre et le suivi-évaluation des projets. Les programmes
spécifiques qui seront appliqués concernent la consolidation de l'Etat de
droit, le renforcement des capacités de l'administration et de la
décentralisation, l'amélioration, de la gestion des ressources publiques et le
renforcement des capacités de la société civile.
Les objectifs généraux de la stratégie visent à ramener
la proportion des mauritaniens vivant au-dessous du seuil de la pauvreté à
moins de 17 % en 2015 et d'atteindre les objectifs de développement social
définis sur la base des différents sommets mondiaux en matière d'éducation, de
santé, d'accès à l'eau potable et d'habitat. La stratégie sera mise en oeuvre
par phases dont l'ère couvre la période 20012004 et cible cinq domaines d'intervention
prioritaires : le développement rural, le développement urbain des quartiers
périphériques des grandes villes et des principales villes secondaires,
l'éducation, la santé et l'hydraulique.
Monsieur le
Président,
Mesdames, Messieurs les Chefs de délégation,
Monsieur le Secrétaire Général de la CNUCED
Mesdames, Messieurs,
Comme vous pouvez le constater à la lumière des développements précédents,
mon pays est fermement déterminé à relever les défis du développement au
premier yang desquels celui de la pauvreté.
Conformément aux orientations du Président de la République,
Monsieur Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya, le Gouvernement veillera, avec le
concours de nos partenaires au développement et des représentants de la société
civile, à la mise en oeuvre de la stratégie nationale de lutte contre la
pauvreté. Les perspectives de croissance s'améliorent sous l'effet des réformes
structurelles engagées depuis plusieurs années et qui ont abouti au
désengagement de l'Etat des secteurs marchands et l'entrée du secteur privé
dans les secteurs financiers, des transports aérien et terrestre, des mines,
des télécommunications et de l'énergie. La consolidation du processus
démocratique et le climat de paix et de quiétude sont des atouts indispensables
pour la réussite de notre stratégie de développement économique et social.
Monsieur le Président,
La conférence qui nous réunit aujourd'hui est suivie avec
beaucoup d'intérêt et d'espoir par les populations des P.M.A.
Je souhaite que nos travaux puissent déboucher sur des
recommandations pertinentes et un plan d'action capables de rassurer ces
populations sur la volonté et l'engagement de la Communauté internationale à
accompagner les P.M.A. dans leurs efforts en vue de sortir du cercle du
sous-développement et de pouvoir mettre en place les conditions d'un véritable
programme de promotion économique et sociale axée autour de la lutte contre la
pauvreté et de l'amélioration des conditions de vie des populations.
Je souhaite plein succès à nos travaux.
Je vous remercie.