ALLOCUTION DE S.E.M. Housseini ABDOU SALEYE, Ambassadeur près l'Union Européenne, Chef de la Délégation de la République du Niger

à la 3e Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés

(Seul le texte prononcé fait foi)

Bruxelles, le 18 mai 2001

Monsieur le Président,
Distingués Délégués,


Je voudrais d'emblée remercier, au nom de la Délégation nigérienne, le Gouvernement et le Peuple belges pour leur accueil chaleureux.
Il me plaît également de remercier l'Union Européenne et le Secrétariat Général des Nations Unies pour les excellentes dispositions prises pour l'organisation de la troisième édition de la Conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés (PMA).
Le Niger, un des 49 PMA, se réjouit de l'invitation qui lui a été adressée en vue de prendre part à ce rassemblement, qui constitue à la fois :

 


Vaste pays continental et enclavé de près de dix millions d'habitants, le Niger est soumis à un climat sévère caractérisé par des sécheresses répétées, une désertification croissante et par conséquent une insuffisance dans la mobilisation des ressources en eau.

Ainsi, fort limitées du fait de conditions physiques austères, les terres fertiles du pays subissent continuellement de fortes pressions exercées par un taux naturel d'accroissement de la
population estimé à 3,3 %
l'an. Cette explosion démographique et la migration vers le sud suite aux différentes sécheresses connues par le pays ainsi que la stagnation des possibilités d'emplois non agricoles, réduisent ainsi la base des ressources du Niger.
Le taux de croissance naturelle de la population est l'un des plus élevé au monde, il est de l'ordre de 3,3 % contre 2,9 pour l'ensemble de l'Afrique et 1,8 % pour le monde. Ce taux affecte les potentialités de croissance économique.
Le Niger connaît en raison de la persistance des problèmes économiques et sociaux, l'extension rapide de la pauvreté, une grande proportion des nigériens (63 %) vivent en dessous du seuil de pauvreté, notamment les populations rurales et les femmes qui constituent les groupes sociaux les plus vulnérables. Face à cette situation, le Gouvernement a élaboré et a mis en oeuvre avec le concours de ses partenaires au développement, un Programme National de Lutte contre la Pauvreté depuis 1998.

 

Monsieur le Président,


A la fin de la décennie 90, force est de constater que les pays les Moins Avancés (PMA) n'ont pas dans l'ensemble réussi à retirer des avantages tangibles de la libéralisation de l'économie mondiale. Celle-ci leur pose de nouveaux problèmes, à l'heure où ils s'efforcent de s'adapter à un environnement international plus concurrentiel. Si les années 80 ont été qualifiées de c décennie perdue » pour les pays en développement en général et les Pays les Moins Avancés en particulier, les années 90 sont devenues pour ces derniers synonymes de marginalisation, d'inégalité, de pauvreté et d'exclusion croissantes.
Ce sombre tableau nous interpelle sur trois questions importantes, auxquelles la communauté internationale et les PMA eux-mêmes doivent répondre en priorité :

 

 

 


Monsieur le Président,


Nous accordons une grande importance à cette 3ème Conférence des Nations Unies sur les PMA et nous nous attendons à ce qu'elle offre l'occasion de corriger, de manière efficace et significative, la situation tragique des populations les plus vulnérables du monde, par des mesures concrètes et tangibles, y compris des engagements à exécuter des programmes et des projets tournés vers les actions qui feront réellement la différence pour le développement des PMA, étant donné que les engagements déjà pris par la communauté internationale lors de deux précédentes conférences des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés n'ont pas été honorés.


Monsieur le Président,


Nous sommes particulièrement préoccupés par la situation socioéconomique des PMA africains, qui continue de se détériorer, sous l'effet de leur marginalisation accrue et de leur exclusion de l'économie mondiale. Les mesures envisagées dans le nouveau Programme d'action devront tenir compte de la vulnérabilité des PMA devant les modifications de l'environnement, l'évolution de l'écologie, les catastrophes naturelles et l'effet de la situation conflictuelle dans les pays touchés.


Les PMA ont réaffirmé leur engagement de n'épargner aucun effort pour créer les conditions nécessaires à une élévation du niveau de leurs ressources internes. Cependant, il y a lieu de souligner que leurs faibles revenus ne leur permettront pas de mobiliser des ressources internes suffisantes pour atteindre leurs objectifs de développement visant à réduire la pauvreté de moitié en l'an 2015. Cet objectif nécessitera pour l'Afrique un taux de croissance de 7 % par an au moins, et un taux d'investissement par rapport au PIB de 25 %. Le taux actuel étant de 17 %, vous mesurez aisément le déficit de financement.


Monsieur le Président,


Tout en reconnaissant que les PMA sont au premier chef, responsables de leur développement, nous affirmons que la communauté internationale se devrait de compléter leurs efforts par des mesures d'appui et des partenariats efficaces. A cet égard, nous invitions vivement les pays développés à un sursaut de solidarité avec l'Afrique en investissant les ressources requises, en fournissant une aide, en allégeant la dette et en assurant un accès aux marchés afin de donner aux pays africains la poussée nécessaire à leur démarrage. Ceci constituerait un encouragement certain aux efforts que l'Afrique
déploie dans l'intensification des réformes politiques et économiques.
Ce sursaut de solidarité avec les PMA en général, qui connaît certes un début de réalisation avec l'initiative salutaire de l'Union Européenne « Tout sauf les Armes », devrait être partagé par tous les autres pays développés, en :

 

 

 


Concernant la dette, le sursaut de solidarité devrait déboucher rapidement sur des accords dont les pays tireraient des avantages qui leur permettraient de se dégager durablement du fardeau de la dette. A cet égard, des efforts doivent être faits pour assurer un accroissement des financements futurs à titre de dons.

C'est avec préoccupation que nous constatons que l'Aide Publique au Développement est en baisse et demandons que des efforts soutenus soient déployés pour l'accroître, conformément aux engagements pris, et ce pour une période suffisamment longue pour attirer des flux de capitaux utiles. L'accroissement de l'APD devrait s'accompagner d'une réduction rapide et efficace du poids de la dette des PMA.

Nous exprimons à cet égard notre profonde gratitude aux partenaires du développement qui ont pris des mesures concrètes en vue d'annuler la dette des PMA et demandons instamment aux autres créanciers d'en faire de même.

Dans le même temps, nous nous félicitons des initiatives prises récemment pour alléger la dette des pays pauvres très endettés (PPTE), qui sont en majorité des PMA.

Nous soulignons également que les efforts déployés pour améliorer le développement humain doivent aussi tenir compte des aspects sociaux. II convient à cet égard de noter que la santé et l'éducation sont des composantes essentielles du développement du capital humain. Nous estimons donc que la conférence doit reconnaître l'importance du lien entre santé et développement dans les PMA, y compris l'incidence du VIH/SIDA, du paludisme et d'autres maladies transmissibles, sur le bien-être économique et social des populations de ces pays et adopter des mesures correctrices concrètes.

Monsieur le Président,


Nous reconnaissons également que la bonne gouvernance va dans le sens d'une saine logique économique et, à cet égard, le respect du droit et la prévisibilité des politiques macroéconomiques sont, avec les réformes structurelles nécessaires, des éléments indispensables pour créer un climat propice à une croissance économique et sociale équitable. II faudra donc des flux de ressources accrus ainsi qu'une amélioration générale de l'environnement économique externe, et la conférence doit alors se pencher sur ces questions, ainsi que sur celles de la cohérence des politiques relatives au commerce international et au système financier international.

Nous fondons beaucoup d'espoir que cette troisième conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés représente une occasion spéciale d'insuffler une vigueur nouvelle au partenariat pour le développement de l'Afrique. A cet effet, nous exprimons la volonté de notre Gouvernement de
tenir un dialogue approfondi pendant la conférence et de mobiliser les énergies de toutes les parties concernées dans nos pays en vue d'assurer le succès de la Conférence. Pour cela, il faudra améliorer la coordination et la coopération entre PMA. Nous appelons également nos partenaires au développement à saisir cette occasion pour s'efforcer à nouveau de prendre des engagements créatifs et audacieux en faveur des pays les moins avancés, dans l'intérêt du progrès de toute l'humanité.


Enfin, je formule le vœu que les travaux de cette
3eme conférence des Nations Unies sur les Pays les Moins Avancés se déroulent dans une parfaite ambiance de compréhension et de concession entre tous les acteurs.

Je vous remercie.