Discours prononcé
par Monsieur Romano Prodi
Mesdames
et Messieurs,
Cette conférence se tient à un moment crucial du développement
mondial. La globalisation et les nouvelles technologies sont désormais des moteurs
de l'évolution du monde.
Il en résulte que les conditions de vie se sont
améliorées: mais l'écart entre les pays riches et les pays pauvres s'accroît
considérablement.
Les Pays les Moins Avancés - les PMA - en particulier,
n'ont pas été en mesure jusqu'à maintenant de profiter de ces changements. La
faim, la dégradation de l'environnement, les maladies et les mouvements migratoires
de grande ampleur demeurent et s'aggravent.
Ces problèmes sont complexes et liés entre eux.
Mais on trouve à leurs racines le cancer de la pauvreté.
Ce cancer doit être extirpé d'urgence.
Mesdames et Messieurs, il est dans notre pouvoir
d'extirper ce cancer, c'est aussi notre devoir et notre responsabilité.
La Communauté européenne a pleinement conscience
de sa part de responsabilité et dans le passé elle l'a assumée avec fierté.
Avec la convention de Lomé, le Système généralisé
de préférences (SGP) et maintenant l'accord
de Cotonou, nous avons été les promoteurs d'une formule vraiment novatrice de
la coopération au développement. Une formule qui associe avec succès les instruments
de l'aide et du commerce.
La CE est
aujourd'hui l'un des principaux donateurs de fonds mondiaux d'aide au développement.
Un des objectifs primordiaux de cette aide est
d'améliorer la santé dans les pays en voie de développement.
La Commission a élaboré un ambitieux programme
d'action quinquennal pour lutter contre les maladies contagieuses qui affligent
gravement les PMA.
Il s'agit de maladies comme le SIDA, la tuberculose
et la malaria.
Aujourd'hui même, les États membres de l'UE
ont approuvé sans réserve ce programme.
Je félicite le Conseil pour cette décision opportune
et j'appelle tous nos partenaires à s'associer à l'UE dans la mise en oeuvre
de ce projet.
Des nouveaux médicaments et des nouveaux vaccins
sont des armes indispensables dans la lutte contre les maladies. Nous devons
donc renforcer nos efforts de recherche.
Mais les médicaments doivent aussi être vendus
à des prix abordables. La Commission européenne a demandé la mise en place d'un
mécanisme efficace de tarification modulée pour les principaux produits pharmaceutiques.
Je suis très heureux de constater qu'aujourd'hui
les États membres de l'UE se sont mis d'accord sur ce point et j'invite instamment
tous les gouvernements, l'industrie et la société civile à coopérer pour faire
de ce mécanisme de tarification modulée une réalité.
Pour favoriser davantage encore la lutte contre
les maladies, la Commission a décidé de dissocier complètement les achats de
médicaments CE de toutes les autres formes d'aides au développement.
Mais l'aide n'est pas la seule arme dont nous
disposons pour combattre la pauvreté: la remise de dette et une politique commerciale
équitable sont indispensables également.
La Commission est déjà, et de loin, le principal
contributeur à l'allégement de la dette géré par l'initiative en faveur des
pays pauvres lourdement endettés. L'année dernière encore, nous avons annoncé
que nous annulions des dettes d'un milliard d'euros en faveur des PMA.
Nous allons maintenant plus loin. Pour marquer
la tenue de cette conférence, l'UE a décidé aujourd’hui même de renoncer au
recouvrement de toutes les dettes des PMA encore en souffrance à la suite de
prêts spéciaux consentis au titre des conventions de Lomé.
En ce qui concerne le commerce, la Communauté
européenne a pris récemment la décision radicale d'accorder l'accès en franchise
et sans quota à tous les produits des PMA à l'exception des armes.
Cela signifie que les pays les plus pauvres
bénéficieront bientôt d'un accès sans précédent à leur principal marché d'exportation.
Mais pour que les PMA puissent profiter pleinement
des occasions que leur offre le commerce mondial, il faut qu'ils soient pleinement
intégrés dans l'économie mondiale.
Il faut donc que les PMA aient leur place autour
de la table des négociations de l'OMC et qu'ils soient véritablement associés
à la mise en place des règles du commerce mondial.
La mondialisation doit se faire pour le bien
de tous. C'est aussi une priorité de l'UE au moment où elle essaye de lancer
une nouvelle série de négociations commerciales cette année.
La Communauté européenne est résolue à rester
à la pointe de la lutte contre la pauvreté dans les PMA et elle donnera une
incidence maximale à son action en la concentrant dans un nombre limité de secteurs.
Des secteurs comme l'éducation, la santé, l'égalité
des sexes, la sécurité alimentaire, sans oublier la bonne gouvernance.
Nos efforts dans ces domaines clés auront une plus grande incidence encore
si les États membres de l'UE et les autres donateurs font de même.
Permettez-moi de dire encore quelques mots sur
la bonne gouvernance.
Nous ne remporterons la lutte contre la pauvreté
que si les PMA gèrent bien leurs affaires dans tous les domaines - démocratie,
participation des citoyens, respect des droits de l'homme et primauté du droit.
La corruption est une insulte aux pauvres. La
lutte contre la corruption doit être au coeur même de nos politiques d'aide
au développement.
La Commission européenne pratiquera donc la coopération au développement
conformément au principe du respect mutuel. En d'autres termes, elle soutiendra
en priorité les partenaires qui s'engagent résolument à mettre en oeuvre les
réformes internes nécessaires.
La Commission européenne examinera régulièrement les résultats ainsi obtenus
par ses partenaires.
Il n'y aura pas de chèques en blanc. Mais il y aura un dialogue permanent
tenant compte des réalités de la situation afin de cibler efficacement l'aide.
Mesdames et Messieurs,
L'action de la Communauté européenne ne saurait
suffire à elle seule. Pour véritablement éradiquer la pauvreté, il faut que
l'ensemble de la communauté internationale, y compris les gouvernements des
PMA et la société civile, s'engage à mener une action conjointe.
Si cette conférence débouche sur ce résultat,
l'UE considérera qu'elle aura été utile.
Cette conférence peut véritablement faire date.
Pourquoi?
Parce qu'elle rassemble non seulement les agences
de l'ONU, les États donateurs et les PMA, mais aussi les représentants de la
société civile - y compris les ONG et le secteur privé.
L'effort fait pour impliquer la société civile
est sans précédent et très important. L'action menée sur le terrain dans les
PMA ne peut être véritablement efficace que si les acteurs concernés - et notamment
la société civile - sont pleinement impliqués dans l'élaboration du Programme
d'action.
Un Programme d'action global pour les dix prochaines
années est nécessaire et cette conférence doit en produire un. La Communauté
européenne fera tout ce qui est en son pouvoir pour atteindre cet objectif.
Mais l'UE ne considérera la conférence comme
un succès que si le programme qu'elle aura adopté est appliqué et s'il améliore
véritablement la vie des pauvres.
Les tendances et statistiques dont nous discuterons
ici masquent les dures réalités de la vie quotidienne de beaucoup de gens,
Ces gens nous regardent. Nous ne pouvons pas
les abandonner. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas, briser leurs espoirs.
Il ne faut pas que l'histoire dise que nous
avons clos cette conférence sur un échec, sans obtenir de résultats.
L'UE, pour sa part, est résolue à réussir.
Je vous remercie.