sur les pays les moins avancés
DEV/BRU/12
16 mai 2001
TABLE RONDE DES MILIEUX D’AFFAIRES :
DES CHEFS D’ENTREPRISE DES PMA EXPLIQUENT LES OBSTACLES INTERNES ET EXTERNES
QUI FREINENT LEUR ACCES AUX MARCHES MONDIAUX
Ils reconnaissent l’existence de niches des
marchés
La table ronde des
milieux d’affaires qui s’est tenue ce mercredi 16 mai 2001, dans le cadre de la
Troisième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA)
avait notamment pour objectif d’attirer l’attention des exportateurs des PMA,
des acheteurs et des investisseurs internationaux sur les possibilités
d’importation des produits et sur les secteurs prometteurs dans ces pays. Cette réunion a également à des
entrepreneurs des PMA de dialoguer avec des représentants des pouvoirs publics,
principalement des ministres du commerce, et d’organisations internationales
spécialisées dans le domaine du commerce.
La première session de la table ronde s’est
concentrée sur les opportunités d’exportation réalistes pour les pays les
moins avancés (PMA). Des entrepreneurs
de plusieurs pays ont expliqué de quelle manière ils ont tiré parti de l’existence
de niches du marché où la concurrence était faible grâce à la commercialisation
de produits innovants. Ils ont mis
l’accent sur le long chemin et les difficultés qui attendent les entreprises
de pays en développement qui tentent de transformer leur avantage comparatif
en un avantage compétitif. D’autres
chefs d’entreprise ont estimé que surmonter les obstacles et les barrières
au commerce passent en priorité par un investissement dans les ressources
humaines. Au cours de la deuxième
session, les intervenants se sont demandés comment généraliser les cas, encore
exceptionnels, de réussite d’entrepreneurs des PMA. Pour traduire dans la réalité les possibilités
offertes aux PMA, il reste encore
à créer dans ces pays un environnement favorable au développement de la compétitivité
à l’exportation des PMA.
Ouvrant la réunion, M.
Rubens Ricupero, Secrétaire général de la CNUCED et Secrétaire de la Conférence
PMA III, a rappelé que cette conférence doit déboucher sur des résultats
pratiques et qu’il faut éviter de répéter les principes généraux et diagnostics
déjà connus. Le commerce est l’un des
principaux outils, si ce n’est le principal, pour le développement des PMA. Les négociations commerciales doivent s’appuyer
sur des mesures gouvernementales et des politiques publiques améliorant la
compétitivité des pays sur les marchés.
Pour connaître un réel succès à vaste échelle auprès des entrepreneurs,
il faut prendre des mesures nationales pour faciliter le commerce, parmi
lesquelles développer les transports.
Le Directeur général adjoint de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC), M. Ablasse Ouedraogo, a salué la
tenue de cette réunion qui doit permettre de réfléchir aux moyens d’intégrer le
secteur privé en tant que vecteur du développement économique et social dans
les pays en développement. La table
ronde devrait aussi permettre aux responsables gouvernementaux de développer
une collaboration permanente avec tous les acteurs du secteur privé et d’éviter
que des mesures soient prises sans le concerter. M. Ouedraogo a ensuite rappelé que le cadre des échanges
multilatéral est façonné et géré par les gouvernements des pays membres. Cependant, force est de reconnaître que les
accords sont utilisés et mis à profit par le secteur des affaires. Des questions débattues dans les instances
internationales, telles que la facilitation échanges et le commerce
électronique, ne font pas encore l’objet d’accords multilatéraux. Il a mis en garde contre une régionalisation
ou une « bilatéralisation » des accords qui ne serait pas
représentative des intérêts de tous et particulièrement des « plus
petits ». L’intérêt de tous
commande que le cadre de l’OMC tienne compte de l’avis de tous, y compris du
secteur privé des PMA, a-t-il conclu.
Un représentant de l’Organisation des
Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) a posé la question de
savoir comment maîtriser la mondialisation pour qu’elle devienne un facteur
positif pour tous. La stabilisation et les réformes macroéconomiques sont des
conditions préalables à la croissance économique mais il faut aussi une
politique de services permettant une amélioration du niveau de vie. Une position concurrentielle doit réseaux
institutionnels qui aident les entreprises privées à maîtriser les technologies
et les processus de gestion.
Expliquant comment son entreprise de
fabrication de sauces à base de piment a pu renforcer la valeur ajoutée des
produits par la maîtrise du processus de commercialisation, Mme Monica Khoromana,
Directrice et gérante de la société Nali Limited du Malawi, a souligné qu’en
dépit de la forte demande pour ses produits, s’introduire sur les marchés des
pays développés a été très difficile, notamment à cause des contrôles de la
qualité des conditions de fabrication.
Les exigences posées par les pays développés ne pouvaient parfois être
remplies que grâce à des investissements qui, eux, exigeaient des fonds ne
pouvant être retirés que d’exportations accrues. Arrivée à la tête de cette moyenne entreprise familiale après la
mort de son mari, elle a noté, parmi les facteurs positifs, l’absence de
concurrence sur le créneau des sauces pimentées ce qui lui a permis d’augmenter
encore son chiffre d’affaires en diversifiant sa production. Les traditions voulant que la famille du
mari récupère ses biens après sa mort a aussi failli représenter un grave
problème mais le gouvernement a adopté une loi permettant aux veuves d’hériter
de leur mari.
Un producteur d’essence de vétiver a
expliqué comment il a lui aussi tiré parti de l’existence d’une niche de marché
en choisissant de commercialiser un produit innovant dans son entreprise,
FRAGER, à Haïti. Les directeurs de
Meskel Flowers Incorporated d’Ethiopie, Greenfields Limited de Mauritanie et
Cheetah Zambia Limited ont pour leur part expliqué qu’ils ont renforcé leur
avantage compétitif en mettant l’accent
sur la formation de leurs employés et collaborateurs. Tandis que plusieurs chefs d’entreprises considéraient les lois
liées à l’environnement comme restrictives, un entrepreneur du Bouthan a au
contraire suggéré l’élaboration de règles générales sur la protection de
l’environnement que les activités commerciales devraient intégrer.
Au
contraire, une entreprise mauritanienne de production de lait pasteurisé de
dromadaire (appelé « lait de chamelle » pour des raisons
publicitaires) et de chèvre, TIVISKI, a fait part de son échec à exporter ses
produits. Sa directrice, Mme Nancy
Abeid Arahamane, a indiqué que le lait de brousse et les 14 produits dans
lesquels il est transformé remportent un grand succès sur le marché local. Elle a également précisé que l’ensemble de
la matière première provient de petits éleveurs, presque tous nomades, et que
1000 litres de lait font vivre 50 familles d’éleveurs. L’un des problèmes que l’entreprise a
d’abord du surmonter est que, la vente du lait étant considérée comme honteuse,
l’entreprise a longtemps eu dû mal à trouver des fournisseurs. En outre, les consommateurs avaient tendance
à préférer les produits importés, qui ont une meilleure image. Un autre problème, qui lui n’a jamais été
surmonté, est lié à des conditions naturelles qui font qu’en hiver, quand la
demande en boissons est faible, les animaux produisent plus de lait, alors
qu’en été, lorsque la consommation de boisson augmente, les animaux produisent
moins de lait.
Après être passée à la production de
fromage et avoir trouvé des clients de taille en Europe, l’entreprise s’est
heurtée au fait que le lait de chamelle est un lait qui n’existe pas dans la
classification européenne. Les textes
européens définissent en effet le lait comme la sécrétion mammaire des vaches,
chèvres, brebis, bufflones mais pas des chamelles. En outre, la Mauritanie n’est pas exempte de la fièvre aphteuse,
tout comme l’Europe. A ces problèmes,
s’est ajoutée l’absence d’un sytème de contrôle sanitaire fiable pour les
produits laitiers car, contrairement au poisson, le lait de chamelle représente
un petit enjeu pour la Mauritanie.
Finalement le Gouvernement mauritanien a présenté une demande officielle
d’introduction du produit en Europe et la société s’est réorientée sur le lait
de vache grâce à un accord de franchise avec la société Candia, tout en gardant
l’espoir de reprendre la production de lait de chamelle. En conclusion, Mme Abeid Arahamane s’est
déclarée frappée par le fait que la plupart des entrepreneurs qui sont
intervenus au cours de la réunion font travailler un grand nombre de personnes,
ce qui signifie qu’ils génèrent à la fois des emplois et des revenus, mais
n’obtiennent pas de crédits, se heurtent à des barrières administratives dans
leur propre pays et à des barrières à l’exportation sur les marchés
extérieurs. Elle a également eu
l’impression que les grands flux de l’aide internationale ne vont pas à l’aide
à l’exportation.
Revenant sur les obstacles juridiques,
les participants ont pris pour exemple une loi considérée comme favorable, le
« African Growth and Opportunity
Act » (AGOA), adoptée en 2000 par les Etats-Unis et qui favorise
notamment les importations sans droits de douane de textiles fabriqués dans les
pays d’Afrique sub-saharienne et des Caraïbes, mais qui peut néanmoins
comporter des clauses qui ne peuvent être remplies par les PMA. Il a été fait remarquer que sur les 34 pays
dont les propositions ont été agrées depuis l’adoption de cette loi, seuls deux
pays figurent sur la liste des PMA.
Prenant à son tour la parole, M. Sujit
Chowdhury, Secrétaire général du Huitième Sommet mondial des jeunes
entrepreneurs qui commencera demain et Directeur exécutif de l’Institut de
développement des dirigeants d’entreprise, a été d’avis que ce qui sera
favorable aux entrepreneurs sera aussi favorable aux pays. La communauté des affaires du monde entier
se met à discuter, et tous les gouvernements portent attention à cette
importante initiative de leadership.
Les participants à la
deuxième session, modérée par M. Musa Sillah, Ministre du commerce, de
l’industrie et de l’emploi de la Gambie, se sont demandés comment généraliser
les cas encore exceptionnels de réussite d’entrepreneurs des PMA. Ils se sont également demandé comment on
peut réduire la pauvreté par le commerce.
M. Sillah a estimé que de nouvelles perspectives s’offrent aux PMA. Cependant, ces possibilités ne peuvent
encore être traduites dans la réalité et il reste nécessaire de créer un
environnement favorable au développement de la compétitivité à l’exportation
des PMA. Comme exemple de politique extérieure nuisant à la compétitivité, il a
cité les régimes d’investissements nationaux et les législations fiscales. Les PMA doivent poursuivre les efforts
qu’ils ont déjà déployés en ciblant leurs efforts sur leurs ressources
humaines.
Des représentants
gouvernementaux de la République de Guinée et du Cambodge et un représentant du
secteur privé du Burundi ont brièvement exposé les réformes entreprises par
leurs gouvernements pour soutenir et développer le secteur privé, et
particulièrement des petites et moyennes entreprises. Ils ont lancé un appel afin que les bailleurs de fonds soutiennent
les actions menées dans ce sens par les gouvernements. Exposant les mesures introduites en Guinée
pour éliminer les contraintes qui entravent le fonctionnement du secteur privé,
M. Mamadou Saliou Sow, Conseiller du Ministre du commerce, de l’industrie et
des petites et moyennes entreprises, a indiqué que ces réformes se sont
notamment traduites par un désengagement de l’Etat du secteur de la production
et des échanges, la libéralisation du régime des changes, la refonte du secteur
public et la restructuration du système bancaire. Il a indiqué que ces mesures ont permis d’augmenter le volume des
exportations et d’améliorer leur qualité.
La Ministre des finances de la Guinée a ensuite invité les bailleurs de
fonds et les institutions internationales de financement à participer à une
réunion sur ce thème que son pays accueillera prochainement.
M. Sok Siphana, Ministre
du commerce du Cambodge, a détaillé les processus, les partenariats et les
éléments essentiels pour la formulation et la mise en œuvre de stratégies
sectorielles au Cambodge. Il a rappelé
qu’il y a dix ans, le Cambodge était frappé par un embargo complet et qu’il ne
récolte les fruits de ses exportations que depuis 4 ans. Dans moins de cinq ans, l’industrie
cambodgienne est passée de rien à environ 2 milliards de dollars
d’exportations. Le représentant a
ajouté que la nature de l’économie cambodgienne est principalement rurale mais
que cet état de faits risque d’être bouleversé par l’exode rural. Il a également souligné que les initiatives
étatiques dépendent étroitement du soutien de la société civile et du secteur
privé. M. Adrien Sibomana, Directeur de
GEXHOBU au Burundi, a déclaré que dans ce pays qui est l’un des plus pauvres du
monde, les initiatives doivent être à la mesure des problèmes. Parmi les atouts
du Burundi, il a identifié le secteur horto-fruiticole,
l’efficacité des producteurs agricoles, le bon état des routes et des
télécommunications. Le développement
des secteurs du transport et de la conservation ainsi que l’exploitation minière sont des priorités mais ils
exigeront de très lourds investissements.
Prenant à son tour la
parole, M. Uri Dadush, Directeur du département sur la politique économique et
membre du Groupe de réflexion sur le développement de la Banque mondiale, s’est
concentré sur les politiques commerciales et leur intégration dans le cadre
d’une stratégie nationale de réduction de la pauvreté à travers la
« stratégie de lutte contre la pauvreté » de la Banque à laquelle
participent la CNUCED, le FMI, le PNUD et le Centre du commerce international
(CCI). Même les pays les plus pauvres
peuvent être intégrés dans le commerce international et atteindre des taux de
croissance élevés si certaines conditions sont respectées. On considère que les pays les plus pauvres
ont, en général, mieux réussi dans les années 70 que dans les années 80 mais
cela concerne surtout les pays qui ont connu une instabilité politique ou une
guerre. Les obstacles au développement
commercial des pays peuvent intervenir au sein des frontières, aux frontières
ou hors des frontières. On peut
envisager un certain nombre de mesures pour y remédier, même si des réformes
n’ont pas encore été engagées, et notamment un renforcement des capacités et
une assistance technique. Il faut que
la politique commerciale s’inscrive dans une politique générale de
développement et soit alliée à d’autres priorités, par exemple
l’éducation. Le soutien budgétaire
fournit par les différents acteurs doit être coordonné. Pour parvenir à de bons résultats sur les
marchés internationaux, il faut également que les gouvernements et le secteur
privé s’impliquent dans le processus.
Le nouveau cadre intégré offre la possibilité de progresser, si la
contribution des donateurs est suffisante.
Au cours de la réunion, M.
Shyam Kumar Gujadhur, Conseiller principal en gestion de la qualité à
l’exportation du CCI, a souligné l’importance de la gestion de la qualité et du
respect des normes pour développer la compétitivité à l’exportation des PMA. M. Andrew Singer, Consultant international
en financement du commerce au CCI, a axé son intervention sur les mécanismes de
financement des exportations pour les PMA.
Il a estimé que les principales formes de financement sont les capitaux
de travail à court terme, les subventions ou les dons. Aucun exportateur ne devrait perdre de
commande parce qu’il manque de capitaux, a-t-il souligné. Il a estimé que les garanties de crédit à
l’exportation fonctionnent mal dans les PMA.
Les conclusions
de cette réunion seront publiées sur le site internet du Centre du commerce
international.
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