sur les pays les moins avancés
DEV/BRU/20
19 mai 2001
DISQUES ET PRODUCTIONS
MUSICALES OFFRENT DE NOUVELLES PERSPECTIVES COMMERCIALES AUX PMA
Les
musiciens reconnus comme les véritables ambassadeurs de
la mondialisation à la Conférence sur les PMA à Bruxelles
Les musiciens sont les véritables ambassadeurs de la mondialisation, a déclaré M. Rubens Ricupero, Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNCUED) à l’atelier sur l’industrie de la musique qui a eu lieu ce matin, dans le cadre du Forum de la jeunesse tenu à la troisième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA). Le rôle de la musique en tant que dénominateur commun en tant que ciment des identités nationales et vecteur d’une culture de paix et de tolérance, mais aussi en tant que produit d’exportation prometteur a été souligné par les représentants d’associations musicales, les partenaires commerciaux et les experts juridiques présents.
La CNUCED a constaté que l’industrie de
la musique était un domaine qui offrait de nouvelles perspectives commerciales
aux PMA. Les enregistrements musicaux
représentant un marché de 50 milliards de dollars, nettement plus important que
ceux des produits primaires traditionnels – comme le café
(17 milliards de dollars) – le coton (20 milliards),
le tabac (21 milliards) ou les bananes (27 milliards) – à l’égard desquels de
nombreux PMA continuent de rechercher de nouveaux débouchés de production et
d’exportation. Mais les travaux de la
CNUCED sur l’industrie de la musique ont montré que de nombreux pays en
développement et en particulier les PMA, en dépit de leurs importants atouts
culturels, n’ont pas les compétences commerciales nécessaires pour exporter
leurs produits musicaux sur les marchés mondiaux. Les premiers résultats d’un projet mené conjointement par la
CNUCED et L’OMPI indiquent que le commerce électronique offre de nouvelles
perspectives d’accès aux marchés mondiaux.
Les participants, en particulier le Président de
l’Association des musiciens du Mozambique, M. Hortencio Langa, ont insisté
sur les enjeux en matière de propriété intellectuelle dans le domaine musical
à l’ère du numérique et de la duplication quasi-instantanée. Face au fléau du piratage, ils ont souligné
la nécessité de déterminer la valeur des actifs de propriété intellectuelle
et de mieux gérer les ressources musicales en suscitant une réelle prise de
conscience de leur importance stratégique pour le développement des entreprises
et des artistes. A cet égard, M. Ricupero
a ajouté que des législations nationales mais aussi internationales de lutte
contre le piratage assureraient que la créativité
Au cours de la réunion, le Secrétaire général de
la CNUCED a critiqué la terminologie internationale qui s’applique aux pays les
moins développés et à leurs partenaires, a souligné qu’on parle de
récipiendaires dans le cas des PMA alors que ceux-ci n’ont pas simplement
beaucoup à recevoir mais aussi beaucoup à donner. Un grand nombre de PMA sont des pays dont l’histoire est très
ancienne et la culture extrêmement riche, même si un accident historique a
entravé leur développement économique.
La force des cultures et civilisations des pays les moins avancés
apportent beaucoup au monde et il faut donc abandonner les termes de donateur
et récipiendaire, a-t-il conclu.
M. Mandisi B. Mpahlwa, Président de cet
atelier et Ministre des finances adjoint de l’Afrique du Sud, a ajouté que le
talent seul n’est pas suffisant pour construire une industrie musicale
compétitive. Pour développer une
industrie musicale viable, il faut savoir créer des opportunités économiques à
partir de la musique et savoir tirer parti des nouvelles technologies tout en
se protégeant du piratage, a déclaré le M. Mpahlwa. Il a également estimé qu’en dépit des tensions qu’elle suscite, la
mondialisation fait connaître la diversité du monde, ce qui permet d’éviter la
domination d’une seule culture.
Les aspects liés à la commercialisation
et aux échanges dans l’industrie musicale ont été évoqués par une représentante
de la CNUCED, qui a déclaré que tout pays désireux de se lancer de manière
constructive dans cette industrie doit trouver des partenariats. Elle a par ailleurs regretté que les liens
complémentaires entre l’industrie musicale et d’autres secteurs tels que le
tourisme n’aient pas été établis. Les
coûts de marketing et de distribution vont baisser, ce qui va révolutionner
l’industrie musicale a-t-elle ajouté mettant cependant en garde contre le fait
que la fracture numérique va laisser certains pays à l’écart. L’évolution
des nouvelles technologies pénalise certains PMA qui n’ont pas suffisamment
d’expertise ou de ressources humaines dotées des compétences nécessaires,
a-t-elle expliqué. L’objectif de la
CNUCED est d’aider à la formulation de politiques répondant aux besoins des PMA
dans ce domaine, en particulièrement par la création de partenariats dans
l’industrie musicale et le renforcement des capacités, a-t-elle conclu.
Les trois principaux groupes dont les
droits de propriété intellectuelle doivent recevoir une protection juridique
sont les compositeurs, les interprètes et les producteurs, et cette protection
devra être harmonisée, a précisé M. Kurt Kemper, Directeur et conseiller
principal en matière de coopération pour le développement dans le domaine du
droit de la propriété intellectuelle à l’Organisation mondiale de la propriété
intellectuelle (OMPI). Mais ce qui est
le plus urgent est l’élaboration de
législations nationales strictes qui devront être appliquées par tous les
acteurs. Il a recommandé que les PMA
qui pensent que leur propre culture peut devenir un atout dans le domaine des
échanges rejoignent les systèmes de protection internationale fournis par
différents traités et conventions.
M. Ralph Henry, Economiste du développement
de Trinité-et-Tobago, a pour sa part retracé le développement de l’industrie
musicale des Caraïbes, un lieu de métissage des cultures de l’Europe,
l’Afrique, l’Asie et l’Amérique, d’où est née une musique à laquelle tous
peuvent s’identifier. Il a décrit
l’importance acquise par la musique et la culture caribéennes grâce à
l’émigration des Caribéens à travers le monde, qui s’est révélée être une forme
de pénétration des marchés étrangers.
M. Henry a souligné que le succès relatif de la musique caribéenne n’est
lié à aucune politique sectorielle ou étatique de promotion musicale car, selon
lui, l’élite qui dirige les Etats ne s’intéresse pas à une musique populaire,
produite par des artistes issus des couches défavorisées de la société. Si nous avons réussi sans aucune aide dans
l’industrie musicale, cela signifie peut-être que nous pourrions également
réussir dans d’autres secteurs, a-t-il espéré.
Regrettant ensuite le fait que cinq grandes entreprises dominent
l’industrie musicale, M. Henry a espéré que l’on trouverait des moyens de
briser cette toute puissance. Bob
Marley a réussi à négocier un accord lui convenant avec les grandes « majors »,
a-t-il rappelé en ajoutant qu’une petite entreprise musicale ne ferait pas le
poids toute seule face à ces géants de la musique. Il a également estimé que si l’on veut que l’industrie musicale
prospère, il faut éduquer le public à la respecter en tant qu’activité
économique. L’animateur de la réunion
était M. Fionan O’Muirchteartaigh, Premier Conseiller économique d’”Enterprise
Ireland”, une entreprise basée à Dublin (Irlande) dont l'objectif général est d'établir
des relations d'affaires fructueuses en reliant l'industrie irlandaise et le
commerce international. Il a souligné
que le marché le plus important pour les musiciens est le marché local car
c’est là que leurs « produits » prennent leur essor.
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