sur les pays les moins avancés
DEV/BRU/22
19 mai 2001
LES FEMMES ENTREPRENEURS DES PAYS LES PLUS PAUVRES AFFRONTENT D’ENORMES OBSTACLES TELS QUE L’ACCES LIMITE A LA TECHNOLOGIE, A LA FORMATION ET AU CREDIT
Rares sont celles qui pénètrent le
marché international,
constate la Conférence de Bruxelles
« Pour survivre, les entrepreneurs, femmes ou hommes,
doivent être efficaces sur les marchés internes comme extérieurs, a déclaré M.
Vijay S. Makhan, Secrétaire général adjoint de l’Organisation pour l’unité
africaine (OUA), qui s’exprimait cet après-midi devant le Forum des femmes
entrepreneurs organisé dans le cadre de la troisième Conférence des Nations
Unies sur les pays les moins avancés.
Quand on dit secteur privé, on ne dit heureusement pas secteur privé
féminin ou masculin, a renchéri Mme Yolette Azor, Représentante permanente
d’Haïti auprès de l’Union européenne, qui a toutefois ajouté que les femmes
chefs d’entreprise sont confrontées à toute une série de discriminations liées
à leur sexe.
En ce qui concerne les opportunités offertes aux femmes sur les
marchés mondiaux, M. Makhan a jugé essentiel de lier l’accès aux marchés au
renforcement des capacités.
L’information, c’est le pouvoir ont ajouté de nombreux intervenants qui
ont eux aussi fortement souhaité que les gouvernements intègrent des clauses
sur la formation des femmes dans les accords commerciaux entre pays développés
et PMA. Pour que les femmes chefs
d’entreprise puissent être en phase avec un marché mondial en changement
constant, les mesures locales ont été jugées indispensables, en particulier la
création de centres d’éducation des femmes aux nouvelles technologies et aux
meilleures façons de tirer parti des accords internationaux.
Les femmes doivent absolument bénéficier des mêmes conditions
que les hommes pour obtenir des prêts, ont ajouté les intervenants. Ils ont également estimé que les femmes
chefs d’entreprise ont des profils et donc des besoins différents selon la
nature et de la taille des entreprises qu’elles dirigent. Toutefois, Mme L. Hendricks, Ministre
adjoint du commerce de l’Afrique du Sud, et l’un des architectes des Accords du
Cap, a noté qu’à l’heure actuelle, les femmes chefs d’entreprise des PMA
travaillent dans les mêmes secteurs, ce
qui représente une concurrence supplémentaire.
Au cours du premier segment de la réunion, consacré aux opportunités offertes aux femmes chefs d’entreprise sur le marché mondial, le Président, M. Eugène Kofi Adoboli, ancien Premier ministre du Togo, a noté que les pays développés ont pris des mesures pour faciliter l’entrée des produits des pays les moins avancés sur leurs marchés, et a évoqué les différentes possibilités créées par l’initiative « Tout sauf des armes » de l’Union européenne, l’accord de Cotonou signé en juin 2000 et le « Growth and Opportunity Act » (AGOA ) des Etats-Unis. Il a souhaité que des propositions concrètes soient faites sur les manières de tirer le meilleur parti de ces initiatives.
Ouvrant la réunion, M. Rubens Ricupero, Secrétaire général de la
CNUCED, a estimé que le but de ce Forum des femmes chefs d’entreprise est
d’essayer de susciter des changements, et aller au-delà de l’exercice entre
gouvernements car ces dix dernières années, la société civile organisée et le
secteur privé se sont révélés être des acteurs primordiaux du développement. PMA III a donc tenté d’inclure toute une
série d’acteurs de la vie des pays les moins avancés. S’il peut paraître étrange d’aller d’une réunion sur le VIH/SIDA
à un atelier sur l’industrie musicale, il n’en est pas moins que les deux concernent
des hommes et des femmes des PMA et se ressentent dans tous les domaines de la
vie quotidienne. M. Ricupero a rappelé
que le Forum est inspiré par leur importance dans le développement, les
obstacles qu’elles rencontrent du fait de leur sexe et doit, grâce à un
dialogue, mettre en lumière des expériences et des initiatives concrètes qui
ont permis une évolution positive.
Le segment de la réunion consacré à l’accès des femmes à la
technologie était présidé par Mme Mu Sochua, Ministre des femmes et des
vétérans du Cambodge. Une technologie
adaptée est source d’efficacité et de bénéfices accrus, a reconnu à ce propos
Mme Yacine M’Bengue, représentante du Réseau des femmes sahéliennes
(Mauritanie). Mais elle a rappelé que
la technologie n’est qu’un moyen et qu’il faut surtout définir clairement les
objectifs de leur utilisation. Pour sa
part, Mme Gisèle Yitamben, Directrice de l’ASAFE (Cameroun) a confirmé que
l’utilisation de l’Internet a permis aux femmes chefs d’entreprise
camerounaises d’identifier différents acheteurs, fournisseurs et partenaires
ainsi que de réduire leurs déplacements pour aller chercher les matières
premières. Toutefois, a-t-elle déclaré,
l’accès à Internet reste très coûteux, et même peut-être impossible par manque
d’infrastructures, ce qui pose le problème de l’accès aux capitaux.
Les difficultés d’accès des femmes chefs d’entreprise au
financement ont été examinées dans la dernière partie de la réunion, sous la
présidence de M. Enrique ter Horst, représentant du Ministère des affaires
étrangères du Venezuela. Pour illustrer
ces difficultés, Mme Chitra Radakishun, représentante de la CNUCED, a pris
l’exemple du Népal, où la plupart des femmes qui veulent lancer leur
microentreprise doivent rassembler leurs économies personnelles ou vendre leurs
bijoux pour débuter. Ainsi que l’a
démontré une étude récente, le manque d’accès au crédit formel est l’un des
principaux obstacles auxquels les femmes chefs d’entreprise d’Asie du Sud-Est
et d’Afrique sont confrontées. Mme
Radakishun a précisé qu’il s’agit cependant d’un problème que rencontrent
toutes les petites entreprises car, pour les banques, une entreprise reposant
sur une seule personne est moins rentable et peut s’effondrer plus facilement
que les moyennes et grandes entreprises.
En revanche, les femmes pâtissent particulièrement d’un manque d’accès à
l’information sur les possibilités de crédit existant et ne savent très souvent
pas à qui s’adresser pour un prêt. Très
souvent, elles ne connaissent pas non plus les opérations de crédit. Dans la plupart des cas, elles ne possèdent
pas les titres de propriété foncière nécessaires pour être éligibles, étant
donné que des bijoux ne suffisent pas.
Faciliter l’accès des femmes au crédit est un problème qui
concerne l’ensemble de la société car les bénéfices que pourrait engranger leur
entreprise auraient des retombées sur l’ensemble de la société. Dans cet objectif, la CNUCED favorisé la
création de réseaux, notamment entre associations de femmes. Il faudrait aussi que les institutions
bancaires fassent un effort vis-à-vis des femmes entrepreneurs reconnaissent
que les microcrédits fournis à des femmes ont été récupérés à 80%. Pour cela, il faudrait aussi qu’il y ait des
femmes dans les conseils d’administration des banques. Une responsable de l’Organisation internationale
des migrations (OIM) a exposé les obstacles auxquels se heurtent les femmes
migrantes, notamment à cause de l’absence du fait qu’elles ne sont pas munies
de documents officiels. L’accès au
microcrédit facilite aussi la mobilité des femmes et leur indépendance, ainsi
que leur participation à la vie politique.
La représentante de l’OIM a souligné que le microcrédit reste une
solution très dure pour les femmes chefs d’entreprise. L’alphabétisation, la formation à la
création d’entreprise et aux mécanismes économiques sont des solutions, en
amont, au problème de l’accès au crédit, a-t-elle conclu.
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