sur les pays les moins avancés
20 mai 2001
UNE RESPONSABILITE RENFORCEE DES DONATEURS ET DES PMA ENTRAINERA LE CLIMAT DE RECIPROCITE PROPRE A AMELIORER L’EFFICACITE DE L’AIDE EXTERIEURE
La responsabilité tant des pays les moins avancés (PMA)
que de la communauté des donateurs en matière d’aide extérieure a été au cœur
du dialogue que la Troisième Conférence des Nations Unies sur les PMA – PMA III
- a tenu sur le thème du financement de la croissance et du développement. Coprésidé par le Ministre de la coopération
au développement des Pays-Bas, Mme Eveline Herfkens, et par le Ministre de
l’économie et des finances du Rwanda, M. Donald Kaberuka, le débat a permis aux
participants de poser les conditions de l’efficacité de l’aide, à savoir la
maîtrise par les PMA de leur processus de développement; la bonne gouvernance
nationale et internationale; et l’adéquation aux besoins et la prévisibilité
des flux financiers.
Dans ce contexte, les questions des mesures que doivent prendre les PMA; du respect des engagements pris par les donateurs; et de la mise en place d’un cadre d’obligations communes ont été posées. S’agissant de la maîtrise par les PMA de leur processus de développement, de nombreux participants ont critiqué la manière dont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) « imposent » leurs priorités dans les « Documents stratégiques de lutte contre la pauvreté ». Le manque de maîtrise a également été imputé aux lacunes des PMA eux-mêmes dans la définition des objectifs. « Trop souvent, les dirigeants africains ne savent tout simplement pas vers quelle direction, ils doivent mener leur pays », a ainsi déclaré, le représentant de la Sierra Leone avant que le Ministre belge de la coopération, qui a dénoncé l’attitude de « néocolonisés », de certains PMA attendant des donateurs qu’ils identifient et proposent des solutions à leurs maux.
Cette attitude a été imputée à l’absence de bonne gouvernance, entendue par les participants au débat comme un processus de prise de décisions et de gestion fondé sur les principes de la consultation de tous – gouvernements, société civile et ONG-, de la priorité à l’amélioration de la situation socioéconomique réel, et de la transparence budgétaire. La nécessité de transparence a également été invoquée en ce qui concerne la politique d’aide des donateurs : transparence dans le choix des pays bénéficiaires, dans les décisions concernant les enveloppes budgétaires, et dans les conditions liées aux versements des fonds.
Le manque d’harmonisation des procédures entre les différents ministères s’occupant du développement pour diminuer les coûts des transactions de l’aide, a également été évoquée comme mesures permettant de relever l’efficacité de l’aide extérieure. Les mots d’ordre en la matière ont été coordination et cohérence entre les politiques d’aide et l’adoption de moyens de leur mise en œuvre. La Ministre néerlandaise de la coopération au développement a ainsi cité l’exemple de l’Initiative PTTE en faveur des pays pauvres très endettés que les concepteurs eux-mêmes tardent à financer.
La création d’un partenariat nouveau – « Cadre d’obligations mutuelles » - au sein duquel les politiques des donateurs et des bénéficiaires s’inscriraient dans un cercle vertueux a été recommandé. Dans ce contexte, la question de la confiance a été soulevée notamment par le Ministre rwandais de l’économie et des finances qui a expliqué les termes de l’accord de coopération entre le Rwanda et le Royaume-Uni aux termes duquel un organe indépendant est chargé d’évaluer les actions entreprises conformément aux engagements initiaux.
La Conférence PMA III doit se terminer cet après-midi avec l’adoption d’un programme d’action pour la décennie 2001-210.
Le financement de la croissance et du
développement
Ouvrant la session
thématique interactive sur le financement de la croissance et du développement,
Mme EVELYNE HERFKENS, Ministre de la coopération au développement des
Pays-Bas, a déclaré que les débats
de cette table ronde devaient aller au-delà des accusations et des reproches
que les pays ou groupes de pays peuvent porter les uns contre les autres. Le débat se divisera en trois
parties que l’on peut résumer en trois questions: que doivent faire les
PMA pour sortir de leur situation actuelle de pauvreté? Quelles sont les responsabilités et les
engagements que doivent assumer les donateurs? Et enfin, peut-on trouver un consensus sur un cadre et
un système d’obligations communes et « contractuelles » entre PMA et
pays donateurs qui serait défini dans un esprit de « responsabilité
partagée » en matière de financements et d’économie sur le plan
international?
Prenant la parole à
son tour, M. DONALD KABERUKA, Ministre de l’économie et des finances du
Rwanda, a estimé que pour les PMA, un consensus s’est déjà dégagé sur ce
que sont des bonnes politiques. Tous
les pays sont prêts à pratiquer une bonne gouvernance et à la mettre en
œuvre. C’est une exigence des peuples
de tous les pays. Mais la mise en œuvre
des principes de cette gouvernance se heurte à des insuffisances
multiples. De nombreux pays voudraient
par exemple améliorer le fonctionnement de leur police ou de leur système
judiciaire. Mais ils se heurtent à un
manque de moyens humains et financiers.
Il ne suffit pas d’accuser les PMA de manquer de sens de la
responsabilité, comme on l’entend chaque année au cours de réunions financières
à Washington. En prenant pour exemple
la lutte contre la pauvreté, on constate que les pays répondent aux cadres
politiques qui leur sont proposés, mais n’ont en général pas les moyens de
mettre en œuvre les recommandations qui les accompagnent. Les conditionnalités devraient
disparaître. La bonne gouvernance n’est
pas une invention des institutions internationales, a estimé le Ministre. C’est une exigence locale. Il faudrait donc que l’on cesse de faire la
morale sur ce plan aux PMA et que l’on lie à ce concept tout programme de
soutien économique. Nous savons d’autre
part que ce n’est pas l’aide extérieure qui permettra aux PMA de sortir de la
pauvreté. Nous ne sommes pas venus
demander la charité. Nous sommes venus
demander que l’on nous donne les moyens de participer à des échanges et à un
commerce international plus juste. Nous
sommes prêts à créer des conditions encourageantes aussi bien pour les
investissements étrangers et pour une meilleure mobilisation de l’épargne
intérieure de nos pays.
Actions des PMA
Lançant
la première série d’observations, la représentante de la Sierra Leone a
estimé que le problème en Afrique est que les dirigeants africains ne savent
pas très bien eux-mêmes « vers où mener leur pays ». Avant de convaincre la communauté
internationale de venir nous aider, nous, pays, africains devons être
convaincus de nos politiques qui doivent être définies avec la participation de
nos citoyens, a insisté la représentante.
Commentant, en conséquence, la manière dont sont élaborés les «documents
stratégiques sur la réduction de la pauvreté» de la Banque mondiale et du
Fonds monétaire international (FMI), elle a dénoncé la propension de ce type
d’institutions à imposer des priorités aux pays et bien souvent en nombre
limité. Or « tout est prioritaire
chez nous », a dit la représentante en jugeant nécessaire que ces
documents reflètent fidèlement les attentes des populations.
Intervenant
à son tour, le représentant d’Haïti, a indiqué que les PMA font face aux
trois défis principaux que sont la mondialisation, la démocratisation et
l’élimination de la pauvreté. Or,
a-t-il estimé, il se trouve que les PMA sont très mal préparés à relever ces
défis tant au niveau des structures politiques qu’au niveau des traditions
sociales. La démocratisation, a-t-il
expliqué, exacerbe la demande sociale qui, quand elle est en augmentation,
complique, à son tour, la tâche de discipline budgétaire dont la faiblesse
conduit à l’inflation et à l’aggravation de l’équilibre macroéconomique et, par
conséquent, à l’inexécution des programmes d’ajustement structurel.
Cela est d’autant
plus vrai dans les pays où il n’existe pas de consensus national sur ce vers
quoi le pays doit tendre. Or ce consensus
ne peut être autre chose que la réduction de la pauvreté. Ayant dit cela, le représentant a préconisé
un dialogue national sur la dimension de la pauvreté qui, quels que soient les
clivages, devrait mettre tout le monde d’accord. Si ce consensus sur la lutte contre la pauvreté se fait, la bonne
gouvernance viendra d’elle-même, a affirmé le représentant.
Le représentant du Burkina
Faso, a dit qu’il fallait laisser
aux PMA eux-mêmes le soin de définir leur vision du développement. C’est le débat qui a lieu à l’intérieur des
pays qui peut leur permettre d’identifier les besoins et de définir les
solutions dont leurs peuples ont besoin.
La bonne gouvernance commence par l’information, dont la circulation
permet aux populations de connaître les problèmes de leur pays. La bonne gouvernance n’est pas d’autre
part le seul apanage de l’Occident, qui
connaît sa part de scandales liés à la corruption. Nous sommes d’accord avec ce qui a été dit sur la mobilisation
des ressources intérieures de financement.
Nous savons que l’épargne intérieure est indispensable à toute œuvre de
développement dont elle doit, en réalité, être la base.
Le représentant du Burundi
a dit que les pays en conflit devaient être considérés sous un angle différent
de celui sous lequel on perçoit les autres PMA. Les conflits qui perdurent entraînent la destruction des biens et
des équipements, et empêchent la création d’une épargne intérieure. Les pays en conflit auraient besoin de plus
de soutien en vue de favoriser la réconciliation intérieure et créer un cadre
politique plus stable. Il est injuste
de poser des exigences de bonne gouvernance aux pays qui sortent de
conflit. Le refus de les aider, entraîne
encore plus de pauvreté, qui elle-même entraîne la reprise du conflit. Après celui du Burundi, le représentant de
la Guinée équatoriale a estimé qu’il fallait explorer des solutions
novatrices pour l’avenir. Les problèmes
des PMA ne sont pas nouveaux. Ils sont
connus de tous. Ces pays ont besoin de
consensus, aussi bien au niveau national que régional ou mondial. C’est le consensus au niveau national qui
permet de présenter à la communauté internationale des stratégies basées sur
les véritables besoins des populations.
Au niveau régional, le consensus peut permettre à un groupe de pays de
créer un cadre d’échanges et de développement qui soit profitable aux PMA et
permette même de régler certaines questions liées à des conflits
sous-régionaux.
Le représentant du Bangladesh
a dit que la réussite de tout partenariat suppose que tous ses partenaires en
maîtrisent les tenants et les aboutissants.
Cette maîtrise doit être conjointe.
Si l’une des parties n’est pas pleinement impliquée, ou si ses points de
vue sont négligés, on va vers l’échec.
La bonne gouvernance est une affaire interne, fruit d’un contrat social
au sein de chaque nation, et ses règles sont généralement contenues dans la loi
fondamentale de chaque pays. La
difficulté que rencontre sur ce point les PMA et les autres pays en
développement, vient de la diversité de leurs composantes humaines et
sociales. Nos pays ont même quand ils
font des efforts de bonne gouvernance, des structures fragiles, de par la
manière dont ils sont devenus des Etats après la colonisation. Mêmes démocratiques, les PMA restent soumis
à des courants d’idées internes qui rendent leur existence en tant qu’Etat
fragile. Ils peinent à devenir des
nations. Il ne faudrait donc pas les écraser de conditionnalités totalement
irréalistes.
Lançant la deuxième partie du débat, le Ministre de la coopération au développement des Pays-Bas a fait la critique des politiques des donateurs en ces termes « Nous avons trop souvent imposé à nos contreparties des politiques. Nous avons trop souvent versé dans la microgestion. Nous avons été incohérents dans nos engagements et imprévisibles dans nos aides. Cette aide, nous l’avons liée de telle manière qu’elle a pu donner lieu à la corruption. Nous avons imposé trop de conditionnalités aux bénéficiaires et appelé à la rigueur nos ministres des finances. Notre coopération, nous l’avons trop envisagée comme une gestion d’enclaves qui nous a permis de recruter par des salaires élevés les meilleurs fonctionnaires des PMA sans songer que nous leur enlevions là des ressources fondamentales pour leur développement. Nous avons appuyé nos produits à l’exportation sans ouvrir nos marchés. »
Aujourd’hui a poursuivi le Ministre, il est temps que chaque donateur permette la maîtrise des programmes par les PMA eux-mêmes. Elle a appelé chaque pays à plus de transparence et de prévisibilité quant aux choix des pays, des décisions sur les enveloppes budgétaires et des conditions liées aux versements des fonds. Insistant sur la prévisibilité, elle a souhaité des engagements à plus long terme. Le Ministre a également appelé à l’harmonisation des procédures entre les différents ministères s’occupant du développement pour diminuer les coûts des transactions de l’aide. Il est injuste, a-t-elle dit, qu’un pays impose ainsi un fardeau administratif à des institutions faibles. Venant à l’assistance technique, elle a souligné qu’un quart de l’APD est dépensé sur cette assistance technique qui ne consiste finalement qu’à exporter des techniques occidentales au lieu de faire fond sur les capacités locales.
S’adressant à la communauté des donateurs, le Ministre l’a appelée à travailler ensemble pour veiller à ce que les besoins de tous les secteurs soient couverts. Sur la question des conflits, elle a appelé la communauté des donateurs à faire preuve de plus de souplesse et à reverser immédiatement les dividendes de la paix, c’est-à-dire à financer les efforts de désarmement, de démobilisation et de réinsertion. Quant à la cohérence, qu’en est-il, a-t-elle demandé, des subsides à l’agriculture et des manquements dans le financement de l’Initiative PPTE.
Commentant ces propos, le représentant de la Banque mondiale a indiqué que la Banque et les institutions internationales ne mettent plus seulement l’accent sur les seules questions économiques mais davantage sur les questions sociales. Elles s’efforcent aussi de promouvoir la transparence et d’ouvrir les portes à plus d’acteurs du secteur privé et de la société civile. Il s’agit surtout de planifier les choses à plus long terme et ceci demande des efforts et des ressources à long terme. Quant aux « documents stratégiques », s’ils sont élaborés par la Banque mondiale, ils sont néanmoins le fruit d’un véritable effort de mettre en exergue les spécificités de chaque pays.
Pour sa part, la représentante de la Suède s’est félicitée que le programme d’action que doit adopter la Conférence prône un partenariat solide fondé sur des engagements mutuels entre les PMA et les partenaires de développement. L’avantage de ce nouveau programme est qu’il met en avant la nécessité de cohérence entre les engagements et les actions ainsi que sur l’importance pour les PMA de maîtriser les programmes de développement. Il ne faut pas oublier, a poursuivi la représentante, que le développement n’est pas un processus technocratique mais politique. Il faut développer des modèles et voir comment les adapter et encourager donateurs et bénéficiaires à travailler dans la même direction.
Le représentant de la
Belgique a déclaré que les donateurs devraient rapidement s’efforcer de
respecter l’engagement de verser 0,7% de leur PNB à l’aide publique au
développement (APD). Les critères de
qualité qui ont été évoqué par certains intervenants devraient aussi
s’appliquer à la bonne gouvernance de la part des donateurs. Si les donateurs disent aux PMA et aux
autres pays en développement de bien gérer leurs affaires publiques, et que
cela crée des débats, c’est parce que cette exigence apparaît unilatérale. On a l’impression que les pays donateurs ne se soucient pas eux-mêmes
de cette bonne gouvernance. De plus, le point de vue des PMA n’a
jusqu’ici pas été correctement pris en compte.
Cela doit changer. Certaines
voix se sont élevées dans les pays nantis pour dire qu’il était temps de mettre
fin à l’APD. Nous devons leur dire
qu’il faudrait au contraire la renforcer et leur expliquer pourquoi. Les donateurs ont pratiqué pendant longtemps
le principe de l’aide liée, obligeant les pays en développement à acheter leurs
produits avec l’aide qui leur était octroyée et qui de ce fait ne devenait pas
productive à l‘intérieur du pays récepteur.
D’autre part, le Nord a toujours exigé du Sud qu’il ouvre ses marchés,
sans cependant que la réciproque soit vraie.
Nous ne respectons donc pas nous-mêmes la bonne gouvernance que nous
exigeons des autres. Quant à la
démocratie, tout en acceptant qu’elle prenne des formes diverses selon les
lieux et les cultures, nous ne devons jamais accepter que ses règles
fondamentales soient refusées ou remises en cause dans les pays en
développement. Mais d’un autre coté, la
Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sont-elle des
institutions démocratiques ? La
démocratie devrait être une exigence non seulement nationale, mais aussi internationale.
Intervenant après celui de la Belgique, le
représentant de la Suisse a dit que la conférence sur le financement du
développement qui se tiendra au Mexique
aborderait de manière approfondie certaines des questions financières discutées
aujourd’hui. Nous soutenons l’APD en
faveur des PMA, et nous sommes pour une approche intégrée de la mobilisation et
de l’usage des financements extérieurs, a-t-il poursuivi. Le volet des transferts technologiques et de
la maintenance des installations et projets de développement a été trop
longtemps négligé. Il faudrait veiller
à l’améliorer dans le cadre d’une meilleure gouvernance de l’aide et de sa
gestion. Quant au commerce, nous devons
le considérer comme la voie normale de financement du développement. La Suisse est d’avis que l’ouverture des marchés
aux produits des PMA devrait rapidement devenir une réalité. L’épargne intérieure est quant à elle
nécessaire, et il serait faux de dire que parce qu’ils sont pauvres, les PMA
n’ont pas les moyens de cette épargne.
L’expérience a montré que des pays ayant peu de ressources peuvent
mobiliser suffisamment de financements internes pour lancer des systèmes de
micro-crédits. La Suisse espère que le partenariat dont l’esprit se manifeste
aujourd’hui se développera tout au long de la mise en œuvre du programme
d’action qui sera adopté par la Conférence.
Le
représentant du Cambodge a dit que si les pays donateurs qui ne l’ont
pas encore fait arrivaient à verser 0,7% de leur PNB aux pays pauvres sous
forme d’APD, la situation des PMA s’améliorerait. Les PMA n’ont pas les moyens de lancer certaines réformes de
gouvernance, a-t-il fait remarquer.
L’organisation d’élections, la décentralisation administrative et
territoriale, la réforme des forces armées, dont il faut réduire les effectifs,
sont des initiatives qui coûtent cher.
Les PMA qui se sont lancés dans ces réformes n’ont pas reçu le soutien
dont ils avaient besoin. Les donateurs
devraient respecter leurs engagements, a dit le représentant. La coprésidente du débat a rétorqué à
l’orateur que le succès d’une politique nationale ne devait pas tenir à la
conditionnalité de son financement par un pays donateur. Les réformes doivent être l’expression d’une
volonté nationale, a-t-elle estimé.
Le représentant de l’Organisation
pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a dit que
l’examen et l’évaluation des
prestations des donateurs étaient possibles.
L’ONU, la Banque mondiale peuvent s’en occuper. Quant à l’OCDE, elle a décidé de créer un
indice de la qualité des prestations des donateurs. La création de fonds
communs en faveur des PMA est possible pour créer plus de transparence dans la
manière dont sont répartis les crédits d’aide au développement entre pays, des
critiques ayant relevé qu’une partie des fonds censés aller vers les PMA se
dirigeaient souvent finalement vers des pays à revenu intermédiaire. Les fonds communs pourraient être mis en
place de manière spécialisée et par secteur, comme par exemple un fonds pour
les infrastructures.
Le représentant d’une
coalition d’ONG africaines a relevé que la méthode qui consiste à
identifier les insuffisances ou les faits négatifs des PMA et à essayer de leur
apporter des réponses avait des limites.
Pourquoi ne pas adopter une méthode plutôt basée sur l’établissement de
la confiance, a-t-il demandé? Il
s’agirait de rétablir la confiance entre opinions publiques et peuples du Nord
et du Sud, et de la confiance entre les gouvernements. Les ONG sont heureuses de pouvoir enfin
participer aux débats et aux réflexions sur l’avenir de leur pays. Il serait temps de faire un bilan
transparent des plans d’action des conférences précédentes pour identifier les
raisons des nombreux échecs qu’ils ont connus.
Reprenant
la parole la représentante de la Sierra Leone a jugé nécessaire que des
critères de performance soient imposés aux ONG étant donné qu’aujourd’hui,
elles sont souvent le canal de l’aide extérieure. Les ONG néerlandaises sont
très conscientes de ce problème, a affirmé le Ministre de la coopération au
développement des Pays-Bas en invitant un représentant d’ONG à commenter
ces propos. Ainsi, ce représentant a
convenu que les ONG du côté des donateurs comme des bénéficiaires doivent tenir
compte des nouvelles réalités. Il a
demandé une claire distinction entre ONG donatrices et ONG exécutrices, en
appelant au renforcement du dialogue.
Quand
ils se rencontrent, les donateurs doivent s’intéresser à la nouvelle culture
qui se met en place dans les pays en développement où les fonctionnaires
qualifiés fuient le pays, attirés par les offres d’emploi d’organismes comme le
PNUD pourtant censé œuvrer au développement des pays, a argué le représentant
de la République-Unie de Tanzanie.
S’attardant sur les problèmes de gouvernance de l’aide par les
donateurs, le représentant de l’OCDE a ainsi lié les questions de
prévisibilité et de stabilité à la nécessité d’assurer une masse critique de
l’aide à un pays donné. Il est bon de
demander aux gouvernements donateurs de mieux gérer l’aide qu’ils apportent
mais il faut aussi leur demander d’assurer un certain niveau de flux de
l’aide. Ceci aussi participe de la
bonne gouvernance de l’aide, a-t-il insisté avant de commenter la question de
la cohérence. Il a, par exemple, jugé
que s’il est bon de prendre des mesures pour faciliter l’accès aux marchés,
l’exercice serait futile s’il n’est pas accompagné par des efforts visant à
renforcer les capacités d’exporter des PMA.
Comment
faire pour que l’aide permette d’aider le secteur public et comment faire en
sorte que le financement aille aux secteurs les plus importants de
développement ? a demandé la représentante de la Suède. Le Ministre de la coopération au
développement des Pays-Bas a, elle, souhaité des commentaires sur la
nouvelle philosophie consistant à impliquer davantage le secteur privé dans la
mise en place des infrastructures. Que
pensent les PMA des prestations du système des Nations Unies ? Y-a-t-il
cohérence en la matière ? a demandé, de son côté, le représentant de l’Autriche. Il s’agit, en effet, d’une question qui m’a toujours laissée un peu pantoise, a
dit le Ministre de la coopération au développement des Pays-Bas en
convenant que pour le moment les « pays donateurs gênent » le système
d’assistance multilatérale par un manque de cohérence dans leurs propos. « Nous réclamons à Washington le
paiement de nos brevets et nos patentes alors qu’à New York nous défendons la
facilitation de l’accès aux médicaments «. La coordination est une donnée
essentielle, a dit le représentant de la Banque mondiale. Avec le vent du changement, il revient aux
donateurs de poursuivre dans ce sens.
La Ministre de la coopération au développement des Pays-Bas et coprésidente du débat interactif a introduit le thème des nouveaux partenariats. Prenant la parole, le Ministre de l’économie et des finances du Rwanda a dit que quand on voit les chiffres, il est clair qu’il faut une augmentation de 4,5% du PIB dans les pays en développement pour arriver à réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015. Mais on ne sait toujours comment ces pays pourront atteindre les taux de croissance nécessaires. Les PMA ne peuvent en réalité compter que sur la seule croissance domestique pour atteindre les objectifs visés. Ils ont aussi besoin de promouvoir la petite industrialisation, mais n’en ont pas les moyens. En prenant pour exemple la Chine, on se rend compte que c’est l’investissement étranger direct (IED) qui est la condition sine qua non de la lutte contre la pauvreté et du développement durable.
Les PMA ont
clairement fait savoir qu’ils étaient prêts à assumer leurs responsabilités et
à préparer des cadres propices à l’IED.
La Commission économique pour l’Afrique (CEA) a préparé une étude pour
soutenir cet objectif. La bonne
gouvernance et la démocratie ont été mises au centre de toutes stratégies de
développement à adopter. L’étude de la
CEA a aussi montré qu’en plus des programmes de lutte contre la pauvreté, il
fallait des engagements à long terme.
L’APD doit, dans ce cadre, être inscrite dans les budgets nationaux. Les PMA ont aussi clairement dit qu’ils
étaient prêts, par souci de transparence, à soumettre leurs études de projets
et leurs budgets nationaux à l’examen de leurs pairs. Le Rwanda est ainsi prêt à soumettre son budget à l’examen du
gouvernement d’un autre PMA. Nous avons
aussi estimé que l’examen des projets financés par la Banque mondiale ne devait
pas être fait par cette institution elle-même, mais par une tierce partie, pour
plus d’objectivité. Ces idées sont
contenues dans le document « Compact for Africa » de la CEA. Les Présidents Thabo Mbeki d’Afrique du Sud,
Abdoulaye Wade du Sénégal et Olesegun Obasanjo du Nigéria, ont fait connaître
leurs idées dans le cadre de la conduite de cette étude. Les pays affectés par les conflits ou en
sortant, doivent être encouragés, a dit le représentant. Il faut leur donner les moyens de profiter
des dividendes de la paix.
Le représentant d’Haïti
a dit que l’étude de développement et de lutte contre la pauvreté menée en
Afrique sous l’égide de la CEA était digne d’intérêt. Le représentant du Cambodge a abondé dans le même sens, et
a proposé un partage des expériences de pays de différentes régions du
monde. La coprésidente du débat
a regretté la stagnation des volumes d’aide, et a souhaité qu’un accord soit
trouvé sur les montants d’aide qui seraient réellement nécessaires pour une
coopération au développement efficace.
Les pays donateurs font eux-mêmes les estimations sur cette question. S’il y a une opinion publique favorable à la
lutte contre la pauvreté, l’aide aux pays pauvres devrait cependant recevoir
plus de soutien à travers un plaidoyer réaliste pouvant recevoir l’accord des
parlements et de la plus grande partie de la population des pays donateurs qui
sont les contribuables. Les critères de
bonne politique et de bonne gouvernance restent encore à définir. Nous devrions mettre en place des critères
et des normes pour créer des cadres comparatifs. La notation ou encore l’exercice comparatif, pourraient permettre
l’élimination des conditionnalités. Le
critère de maîtrise des politiques et d’engagement dans la lutte contre la
pauvreté, pourrait être le premier choisi.
Ensuite il y aurait celui de la transparence. Nous aimerions connaître la répartition des budgets des pays
bénéficiaires d’aide, de telle façon
que les fonds qu’un donateur offre pour le développement durable ne soient pas
détournés vers les lignes budgétaires du ministère de la défense par
exemple. Enfin, le respect d’un cadre
macroéconomique viable, basé sur des normes universellement reconnues et mis en
œuvre de manière vérifiable, serait la troisième règle du jeu.
Commentant
ces propos, un représentant d’ONG est revenu sur la question de
l’« examen par les pairs » pour dire que cette proposition conduit à
se demander ce qu’ont fait jusqu’ici la Banque mondiale et le FMI. D’ailleurs, a-t-il dit, comment peut-on
expliquer que « le bon élève du FMI et de la Banque mondiale »
qu’était le Ghana demande aujourd’hui son inscription dans la liste des
PMA. A ce propos, le représentant de la
Banque mondiale a souligné l’importance qu’il y a à assurer plus de
cohésion et plus de bonne gouvernance, plus d’ouverture, plus de débat et plus
d’esprit de partenariat.
Expliquant les
principes des programmes bilatéraux de son pays, le représentant de la
Suisse a indiqué que le processus consiste à se mettre d’accord sur des
objectifs communs et si le volume est déterminé par des choix budgétaires, il
existe néanmoins un objectif stratégie qui est celui de l’augmentation de l’APD
et du développement du commerce. Le
Ministre belge de la coopération au développement a convenu que le grand
enjeu est bien celui de la mise en place d’un partenariat réel. La maîtrise des programmes de développement
par les PMA, a-t-il dit, a, dans la pratique, beaucoup moins de portée. Il a
ainsi regretté que certains PMA aient encore une attitude de
« colonisés » attendant des donateurs l’identification et la guérison
de leurs maux. « Que les PMA
cessent d’agir comme s’ils ne sont pas au fait de leurs propres
priorités ».
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