sur les pays les moins avancés
DEV/BRU/3
14 mai 2001

LES PRESIDENTS
OBASANJO, KONARE ET MKAPA FONT LE POINT DES EFFORTS CONTRE LA PAUVRETE AU COURS
D’UN EVENEMENT SPECIAL PRESIDE PAR KOFI ANNAN
Les travaux de la Troisième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés se sont ouverts ce matin avec la tenue d’un événement spécial consacré au défi de l’élimination de la pauvreté et à la réponse de la communauté internationale à cette question. Présidé par M. Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies, l’échange engagé sur ce sujet a vu la participation de Chefs d’Etats des PMA qui ont estimé que l’intégration de leurs pays à l’économie mondiale n’était pas seulement un impératif moral mais un devoir, et que les PMA, qui n’ont pas seulement besoin d’aide dans le cadre de politiques de lutte contre la pauvreté, étaient prêts à assumer leurs responsabilités en ce qui concerne leur développement durable. Le Chef d’Etat du Nigéria, le Président Olesegun Obasanjo, les PMA ne pourront se sortir de leur situation sans une aide internationale combinée à une intégration régionale et sous-régionale.
Dans son ouverture du débat, M. Kofi Annan, a souhaité que la communauté internationale donne aux pays les moins avancés les moyens de sortir de leur isolement économique, politique et social, accentué par la mondialisation. Le développement des PMA, a déclaré le Secrétaire général, dépend cependant en grande partie d’eux-mêmes, et notamment de la capacité qu’ils développeront en matière de démocratie, de respect de l’état de droit et de la personne humaine et de la mise en place de cadres économiques et juridiques transparents et attractifs.
Résumant la position
de ses pairs au cours du débat modéré par M. Rubens Ricupero, Secrétaire général
de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED),
le Président du Mali, M. Alpha Oumar Konaré, a, en prenant son pays comme exemple, parlé des PMA
où tous les indicateurs sociaux montrent
une augmentation préoccupante de la pauvreté au cours des dernières années.
Les indices de développement humain de ces pays sont en baisse constante,
a fait remarquer le Président du Mali, qui a ensuite dit que concernant son
pays, l’amorce d’un développement durable passait par la mise à la disposition
des populations de chaque village d’une école, d’un instituteur, d’un puits
d’eau potable, d’une caisse de microcrédit, d’une réserve de céréale et d’une
plate-forme multifonctionnelle permettant la distribution de l’eau et de l’électricité.
Pour tous les PMA, l’éducation et notamment celle des femmes et des
petites
Concernant ce thème crucial de l’éducation, Mme Christine Hemrick, Vice-Présidente de Cisco Systems, qui s’exprimait au nom du secteur privé, s’est félicitée que ce secteur soit pour la première fois associé à cette rencontre. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, a-t-elle dit sont un outil indispensable à la participation de tout pays à la nouvelle économie mondiale fondée sur les connaissances. Cisco Systems a mis en place dans le cadre de son partenariat avec l’ONU, un programme d’aide à la formation informatique et numérique qui vise la réduction du fossé numérique entre pays riches et pauvres. Déjà opérationnel dans un certain nombre de PMA, ce programme s’adressera de plus en plus aux femmes et aux petites filles, dont la participation est cruciale à la lutte contre la pauvreté, a dit Mme Hemrick.
Intervenant sur la question de la mise en œuvre des précédents plans d’action en faveur des PMA, Sa Majesté Letsie III, Roi du Lesotho, a déclaré que ces plans s’étaient soldés par des échecs dont les populations paient aujourd’hui le prix. Quelles que soient les raisons de ces échecs, les difficultés des PMA culminent aujourd’hui dans les coups que leur portent la pandémie du VIH/sida et, le paludisme et les autres maladies endémiques qui affaiblissent leur main d’œuvre qualifiée déjà peu nombreuse, a estimé Letsie III. La lutte contre le VIH/sida est la priorité de tout nouveau plan d’action, a estimé le Roi, en déclarant qu’il ne pouvait y avoir de lutte contre la pauvreté sans une population en bonne santé capable de donner à chaque nation les rendements nécessaires à des niveaux de production qui lui permette de participer aux échanges internationaux.
La dette, l’accès aux marchés, l’aide publique au développement, la santé, l’éducation et le développement humain ont été les principaux thèmes des discussions de ce matin, centrées sur l’élimination de la pauvreté. La Conférence entamera cet après-midi à 15 heures sa série de débats interactifs en commençant par le thème « Gouvernance, paix et stabilité sociale ».
EVENEMENT SPECIAL
Le défi de l’élimination de la pauvreté : la réponse de la communauté internationale
Ouvrant le débat sur l’éradication de la pauvreté et la réponse de la communauté internationale, M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a insisté sur le fait que la pauvreté n’était pas un choix. La plupart des déshérités savent qu’ils pourraient se sortir de leur état si seulement on leur en offrait les moyens. La capacité des pays à se sortir de cette ornière dépend d’abord d’une bonne gouvernance, du respect des droits de la personne humaine et de leur aptitude à participer aux décisions et réflexions qui les concernent, a estimé M. Annan. Les PMA sont très handicapés du fait de leur manque de ressources naturelles, de l’étroitesse de leurs marchés, et du manque d’investissements étrangers en leur faveur. Les PMA ont besoin qu’on les aide à briser leur isolement. En donnant aux pauvres la possibilité de mieux gagner leur vie, on crée les conditions d’un monde plus juste et plus stable. L’Union européenne, qui abrite cette Conférence, a compris ces impératifs, a dit M. Kofi Annan, en adoptant une admission en franchise et sans quotas des produits des PMA sur ses marchés.
Des obstacles non tarifaires continuent cependant d’exister comme les normes en matière de sécurité et de santé qui sont aussi des obstacles au commerce des pays pauvres. Certaines exigences créent de gros manques à gagner aux PMA. Si certaines comme celles sur les aflatoxines peuvent sauver une vie humaine par an du coté des consommateurs européens, elles créent, selon des chiffres de la Banque mondiale, un manque à gagner de 670 millions de dollars aux pays pauvres d’Afrique. Des nouvelles négociations se préparent sur le plan multilatéral en matière de commerce international et j’appelle tous les pays, a dit M. Kofi Annan, à accepter d’y participer. Les PMA manquent cruellement d’infrastructures, notamment en matière d’information et de communication. Il faudrait les aider sur ces plans. La démographie est aussi devenue un problème majeur, des populations de plus en plus nombreuses devant vivre sur des territoires de plus en plus restreints. C’est une source de conflits et d’instabilité. Des nombreux PMA et autres pays du Sud, sont d’autre part, désormais frappés par le VIH/sida, qui chez eux n’est pas seulement un problème de santé, car il touche leurs meilleures forces de travail et leurs ressources humaines. Nous en avons fait une question prioritaire à résoudre. L’autre grand problème est celui de la dette. Les PMA et les autres pays en développement ont besoin d’une réduction ou d’une annulation de leur dette si on veut leur donner une chance. Les programmes en place doivent être renforcés et étendus. Quant à la question de l’aide publique au développement (APD) le Président Chirac a dit comment elle avait dramatiquement baissé ces dernières années. Elle se situe aujourd’hui bien loin de l’objectif de 0,7% du PNB des pays riches que la communauté internationale s’était fixée. La Conférence qui s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles doit adopter un plan d’action qui sera pleinement et efficacement mis en place au cours de la décennie qui commence. Un plan qui permettra créer de véritables partenariats.
Le Premier ministre de la Suède, M. GORAN PERSSON, a expliqué que la pauvreté est l’absence de liberté, un fardeau quotidien, une perte de pouvoir et la peur de l’avenir. Le Premier ministre a estimé que les changements menant a une élimination de la pauvreté passeront par le sacrifice de certains privilèges. Il faut aussi s’attaquer aux racines des conflits et créer des mécanismes économiques efficaces afin de protéger les droits des différents groupes et des minorités. M. Persson a ensuite mis l’accent sur l’importance de créer une liberté politique, une gouvernance responsable et transparente. Il a ajouté que l’amélioration de la condition de la femme et sa pleine participation au développement sont également importants car « nous avons besoin de chaque homme et de chaque femme pour lutter contre la pauvreté ». Le Premier ministre a aussi rappelé la décision prise par l’Union européenne pour des droits de douane et des quotas favorables a un certain nombre de PMA. Il a appelé les participants à faire suivre leurs paroles d’action, en ajoutant que l’aide publique au développement (APD) est le meilleur moyen de s’engager sur cette voie. Il faut se lever pour la vie et la santé en luttant contre la malaria, la tuberculose et le VIH/SIDA, a également souligné M. Persson. Il faut également lutter contre le changement climatique et la désertification afin de laisser aux générations futures un monde habitable. Accorder le pouvoir aux peuples, œuvrer pour l’indépendance des PMA, favoriser une redistribution des richesses sont des moyens rationnels et modernes de lutter contre la pauvreté. Soit nous nous développons ensemble, soit il n’y aura pas de développement du tout, a conclu M. Persson.
Le Président du Nigeria, M. OLESEGUN OBASANJO, a estimé que l’augmentation du nombre de pays les moins avancés témoigne de l’échec des actions menées dans le domaine de la pauvreté. Le Président a souligné les privations et les morts qu’entraîne la pauvreté ainsi que la perte de productivité et de pouvoir, la souffrance morale et le déni de dignité qui l’accompagnent chaque jour. Il a souligné les efforts qu’ont déployés les PMA pour sortir leurs pays de cette situation. M. Obasanjo a ajouté que la crise de la gouvernance, le manque de transparence dans le gouvernement ainsi que la corruption ont contribue à saper les efforts de développement des PMA. Il a estimé que la bonne gouvernance devrait devenir une partie intégrante de toutes les mesures visant à combattre la pauvreté car, sans paix, il ne peut y avoir de paix et sans paix, on ne peut combattre efficacement la pauvreté. M. Obsanjo a ensuite noté qu‘un grand nombre des pays qui ont été inscrits récemment sur la liste des PMA sont des pays qui ont été ravagés par un conflit. Ils ne peuvent s’en sortir sans une aide internationale combinée a une intégration régionale et sous-régionale. Les efforts nationaux risquent de ne pas aboutir si l’environnement extérieur n’est pas favorable.
Le Président a jugé asymétriques les accords commerciaux multilatéraux notamment en ce qu’ils n‘entraînent pas les mêmes obligations pour les pays développés et en développement. La non-mise en œuvre des mesures commerciales et différenciées et le protectionnisme commercial vont a l’encontre des aspirations des PMA en matière de développement. Il faut aussi que les PMA développent leurs capacités en matière d’infrastructure afin de pouvoir se lancer sur des marchés plus vastes. La libéralisation des échanges internationaux ne sera couronnée de succès que si les pays industrialisés font eux aussi des sacrifices en particulier dans l’allègement de la dette dont le poids reste extrêmement lourd. Le Président a jugé inquiétante et même décevante la baisse de l’APD, qui représente actuellement 0,24% du PNB des pays donateurs au lieu des 0,7% prévus initialement. M. Obasanjo a jouté que cette baisse de l’aide publique aurait pu être compensée par un accroissement des flux d’investissement externe mais ces derniers n’ont pas été stables. On a même constaté une inversion dans ce domaine, a regretté le Président. Il a noté qu’il faut qu’une infrastructure soit déjà en place pour que ces flux privés se dirigent vers un pays. Dans ce contexte, Le Président a jugé pressant de parvenir a un engagement politique afin que les accords en matière d’APD soient respectés. En outre, les PMA veulent engager des partenariats avec le secteur privé.
Par ailleurs, M. Obasanjo a déclaré que, du fait des conflits, l’infrastructure ne peut se développer et l’éducation et la mortalité restent très élevées. Il est fortement inquiété du désastre qu’entraîne l’épidémie de VIH-sida et d’autres maladies qui risquent de réduire à néant ce qui subsiste des progrès réalisés par le passé. Il a cependant été d’avis que la communauté internationale dispose aujourd’hui de tous les moyens nécessaires pour aider tous les PMA et tous les pays en développement â éliminer la pauvreté.
M. ALPHA OUMAR
KONARE, Président de la République du Mali, a déclaré que le cas du Mali
résume bien la situation de nombreux PMA, les indicateurs sociaux y indiquant
une augmentation préoccupante de la pauvreté même si le rythme d’accroissement
de ce phénomène connaît un ralentissement
suite aux efforts déployés.
L’indice de pauvreté est passé de 71,6% en 1996 à 64,2% en 1999, mais
l’indice de développement humain reste inférieur à 0,50%. Plus de 5% des
Maliens ont moins de 15 ans, mais l’espérance de vie est de 55 ans pour les
hommes et 58 ans pour les femmes. Un
enfant sur 5 meurt avant l’age de 5 ans, et 1 enfant sur 3 souffre de
malnutrition chronique. 1 Malien sur 2 et 1 Malienne sur 3 n’iront pas à
l’école, et 1 seul habitant sur 2 a accès à l’eau potable dans notre pays, a
dit M. Konaré. Plus de 50% des Maliens
ont un revenu moyen journalier de l’ordre d’un demi-dollar américain. L’amorce d’un développement durable signifie
que chaque village malien devra disposer, dans un cadre sécurisé, d’une école
maternelle pour enfants en bas âge; d’une école, d’un puits d’eau potable;
d’une caisse de microcrédit, d’une banque de céréales; et d’une plate-forme multifonctionnelle permettant la
distribution de l’eau et de l’électricité.
Nous avons déterminé
un certain nombre de secteurs prioritaires à l’investissement : celui de
la santé, à partir de l’Initiative de Bamako, qui vise à garantir à garantir
l’accès de tous aux soins de santé primaires, la gestion communautaire de ces
soins, et la gestion et la distribution des médicaments essentiels; le
développement rural, pour assurer la sécurité alimentaire ; la protection
de l’environnement; la promotion des infrastructures de base, qu’il s’agisse de
télécommunications, d’électricité, de transports, ou de nouvelles technologies
de l’information et de la communication (TIC); et enfin, la décentralisation et
la coopération régionale. La part de
l’éducation, notamment des femmes et des petites filles, reste prioritaire, car
la formation des ressources humaines de qualité et en nombre suffisant est une
clef pour gagner la bataille contre la pauvreté. Si la bataille de l’éducation n’est pas gagnée, la lutte contre
la pauvreté ne peut être gagnée. Il est
incompréhensible que les ressources soient difficiles à mobiliser pour doter
chacun des 8 000 villages maliens d’une école, et d’un instituteur, et de doter
chacune des 701 communes du Mali de l’Internet. Le coût de cette opération représente une somme inférieure à
celle que nous avons consacrée en l’an 2000 au remboursement de notre dette
extérieure, soit 55 millions de dollars.
L’appropriation d’Internet par les Maliens nous permettrait de conforter
l’Etat de droit, a dit le président Konaré, de même qu’une meilleure gestion de
l’Etat civil et des listes électorales, et d’assurer une bonne
gouvernance. La stratégie de
développement du Mali s’inscrit dans le cadre de l’intégration régionale
notamment dans les cadres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine
(UEMOA) et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO). L’Afrique de l’Ouest entend
contribuer à la réalisation de l’Union africaine, qui entrera en vigueur le 26
mai 2001 pour aider l’Afrique à faire face à la mondialisation. Il importe qu’un leadership africain
regroupant un certain nombre de pays s’affirme pour donner une impulsion, et
assurer la veille et la garde des objectifs de développement de l’Afrique. Aucun partenariat ne saurait, a dit M.
Konaré, se substituer à cette dynamique.
Aussi est-il nécessaire de prendre en compte les réflexions des
Présidents Bouteflika, d’Algérie, Thabo Mbeki, d’Afrique du Sud, et Olesegun
Obasanjo, du Nigéria. Comme ils l’ont
dit, le « partenariat pour le développement de l’Afrique est un engagement
de la part des leaders africains, fondé sur une vision commune et une
conviction forte et partagée qu’ils ont le devoir pressant d’éradiquer la
pauvreté et de placer leurs pays individuellement et collectivement sur le chemin
d’une croissance et d’un développement durable et de participer activement à
l’économie et au système politique mondiaux. »
La IIIème Conférence sur les PMA doit
voir s’affirmer la volonté de passer à des actes concrets, d’envisager des
mesures plus fortes et plus hardies de financement du développement,
d’accroître l’efficacité de l’aide extérieure et de régler les problèmes qui
entravent le développement durable des PMA.
Des mesures particulières devraient être prises pour permettre aux PMA
d’accroître leur part dans le commerce mondial, mais aussi pour leur assurer
des cours rémunérateurs pour leurs produits de base. Une plus grande démocratisation doit se faire sur la scène
internationale, et la lutte contre la pauvreté ne saurait être un slogan, un
discours ou des mots vides de sens.
M. JAMES WOLFENSOHN, Président
de la Banque mondiale, a fait remarquer que les 600 millions d’habitants
des PMA ne représentent que 0,5% du PIB mondial, ce qui est effarant et traduit
le niveau de pauvreté de ces pays. Il
faudrait, dans les années à venir, travailler sur la base d’un nouveau
partenariat incluant ces pays eux-mêmes, si l’on veut redresser la
situation. La Banque mondiale estime
qu‘il est nécessaire de travailler dans le respect des parties à qui sont
destinées les politiques élaborées. La
communauté internationale a des responsabilités et la Banque mondiale s’efforce
désormais d’aider les pays eux-mêmes à définir leurs priorités. Nous les soutenons dans l’élaboration de
leurs programmes, tout en leur rappelant cependant qu’il y a des principes
fondamentaux à respecter. Nous tenons à
la création de cadres transparents et de cadres juridiques efficaces. La lutte contre la corruption que nous avons
par exemple prêchée depuis un certain nombre d’années a des raisons
d’exister. La question des conflits et
de la stabilité des pays et des régions est cruciale dans les perspectives de
développement et d’investissements. Il
est clair qu’aucun investisseur n’ira mettre son argent dans des zones en
guerre. Quant à la question du
VIH/sida, la lutte que l’on va mener
doit être multidimensionnelle et toucher non seulement les aspects sanitaires
de la pandémie, mais aussi ceux qui touchent aux habitudes culturelles. Nous approuvons le point de vue du Président
du Mali quand il dit qu’il faut baser le développement sur la participation des
communautés locales. La Banque mondiale
veut travailler avec la société civile et les pays dans lesquels elle
intervient pour arriver à un monde sans pauvreté.
M. MIKE MOORE, Directeur
général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), s’est félicité du
fait que plus de 30 pays aient pris des décisions pour ouvrir leurs marchés à
des produits des PMA ces 12 derniers mois.
Il a estimé que les pays développés doivent aller encore plus loin dans
l’amélioration de l’accès aux marchés mais qu’il faut aussi que les PMA
acquièrent la capacité de saisir ces occasions. Il a donc appelé la communauté internationale a en faire plus et
ce dans le contexte d’un nouveau cycle de négociations plutôt qu’en marge et
sur des éléments parcellaires. Il a
critiqué le fait que les subventions subsistent, faisant remarquer qu’en
dollars, ces dernières représentent plus
que le PIB total de l’Afrique. Dans les
pays riches, les citoyens peuvent se payer le luxe de protester contre la
mondialisation mais les pays pauvres, eux, sont confrontés au problème
autrement plus grave de la marginalisation.
Soulignant ensuite que l’appui des PMA sera un élément essentiel a la
réussite d’un nouveau cycle de négociations, M. Moore a une nouvelle fois
estimé qu’il ne sera pas possible de renégocier des accords fondamentaux si
l’on se place en dehors du contexte plus large des règles globales. Il a appelé toutes les agences à s’assurer
que les pays en développement ont la capacité de lutter pour représenter leurs
intérêts légitimes. M. Moore a
cependant mis en garde contre l’obstacle que pourrait représenter une
stagnation de l’économie mondiale. Il a
rappelé en conclusion que la création de l’OMC avait surtout pour but de mettre
fin à l’apparition de blocs commerciaux antagonistes.
M. POUL NIELSON, Commissaire européen à la coopération pour le développement et à l’aide humanitaire, a estimé que les PMA devaient être intégrés dans l‘économie mondiale. Il est inacceptable que 10% de la population mondiale vivent dans un état de pauvreté abjecte, a-t-il estimé. Une différence peut rapidement se faire grâce aux stratégies de réduction de la pauvreté, mais il faudrait que les PMA eux-mêmes pilotent ces politiques. Il est indispensable que les PMA reconnaissent la nécessité de gérer sainement les affaires publiques et s’engagent à l’égard de la bonne gouvernance. La lutte contre la corruption donne la possibilité aux investisseurs d’avoir une perception différente des pays et des marchés où ils peuvent intervenir, et la Commission européenne est prête à aider les pays que cela intéresserait, sur cette question.
Concernant la santé,
la Commission a adopté un programme intégré contre les maladies infectieuses et
transmissibles en faveur des PMA dans le cadre de la lutte contre la
pauvreté. Le Conseil des affaires
générales de l’Union européenne a aujourd’hui pleinement approuvé notre
programme d’action sur ces questions, a dit M. Nielson. La Commission s’est aussi engagée à lancer
des programmes de renforcement d’actions concrètes de lutte contre la pauvreté. Mais leur mise en œuvre exige la création de
partenariats avec les PMA et leurs sociétés civiles. La dette est une question dont la résolution est importante, si
l’on veut relancer les économies des PMA.
Nous recommandons un règlement total du service de la dette en faveur
des PMA, et avons pris une mesure importante en ce qui concerne l’accès
commercial de tous leurs produits sur nos marchés, les armes mises à part. L’Union européenne met un accent particulier
sur la promotion de l’éducation, et sur
la création d’emplois et de la stabilité sociale comme bases importantes de la lutte contre la pauvreté. Les programmes de lutte contre la pauvreté
doivent être pleinement intégrés, selon nous, aux politiques de développement
si l’on veut atteindre l’objectif assigné par l’ONU de réduire de manière
notoire la pauvreté dans le monde d’ici à 2015.
Mme SHEIKH HASSINA, Premier
Ministre du Bangladesh, a déclaré que l’augmentation de la pauvreté dans
les PMA doit être une source d’inquiétude pour tous et constitue le plus grand
défi de ce millénaire auquel la communauté internationale doit faire face. Elle a ajouté que les perspectives du
Bangladesh dans l’élimination de la pauvreté se sont améliorées même si tout
n’est pas gagné. Dans ce domaine, il est
très important d’identifier le contexte économique et social ainsi que des besoins
de la population cible. Le Premier
ministre a estimé que les succès remportés par le Bangladesh dans la lutte
contre la pauvreté sont attribuables d’abord à sa capacité à générer et
maintenir des interventions de croissance continues, ce qui n’a pas été
possible dans d’autres PMA. Il faudrait
aussi accroître les actions centrées sur les ressources humaines, et
intensifier l’agriculture, en particulier dans les zones rurales. L’expérience montre aussi le rôle clef des
financements publics différemment ventilés notamment vers les fonds sociaux et
les ressources humaines.
Dans le secteur
social, la moitié des dépenses d’éducation du Bangladesh ont été dirigées vers
l’enseignement primaire et surtout celui des plus pauvres. Toute une série de programmes ciblés à
l’intention des plus pauvres ont été engagés dans d’autres domaines par 14
ministères différents. Le Gouvernement
a tenté, avec des résultats encourageants, d’améliorer l’accès des plus pauvres
aux outils de production, ce qui a notamment permis de renforcer le filet
social. Par ailleurs, le Bangladesh a
accordé la priorité aux femmes. Le
renforcement des actions menées par la société civile a permis d’améliorer la
place de la femme et sa participation au fonctionnement de la société.
La Premier Ministre a
ensuite déclaré que la plupart des PMA ont réorienté leur politique pour
accommoder les requêtes multilatérales mais que cela ne les a pas conduits à
des taux de croissance suffisants pour lutter contre la pauvreté. Les réussites dans ce domaine dépendent
surtout d’un financement adéquat et stable, a-t-elle ajouté. Elle a rappelé que les PMA continuent de
rencontrer de nombreuses difficultés pour accroître leurs exportations vers des
segments de marché spécifiques. La
Premier Ministre a jugé très inquiétant que la plupart des PMA n’aient pas
bénéficié d’investissements étrangers directs plus importants. En ce qui concerne l’APD, elle a jugé
positif d’associer l’attribution de l’aide publique à d’autres mesures, par
exemple à des mesures d’éradication de
la pauvreté et a regretté que cette aide n’ait pas toujours été utilisée de la
meilleure manière. Elle a regretté que
les pays en développement soient restés piégés par le fardeau de la dette. La Premier Ministre a ensuite souligné que
tous les PMA devraient être en mesure de tirer profit des programmes liant, par
exemple, allègement de la dette et éradication de la pauvreté. La
conditionnalité qui leur est attachée ne devrait pas entrer en conflit
avec les exigences réelles qu’ils ont identifiées dans différents
secteurs.
Mme CHRISTINE
HEMRICK, Vice-Présidente de Cisco Systems, s’est félicitée que le
secteur privé soit associé aux débats concernant le développement des PMA et
leur intégration à la mondialisation.
La dernière révolution des technologies de l’information et de la
communication (TIC) offre au secteur privé l’occasion de participer aux
partenariats sur les questions de développement. Pour ceux d’entre nous travaillant dans le domaine des TIC, nous
pouvons participer en donnant aux PMA certaines des capacités dont ils ont
besoin en matière de développement humain.
Nous avons tiré un certain nombre de leçons de nos expériences du
passé. Nous devons nous concentrer sur
ce que nous faisons bien. Ensuite, nous
pouvons combler nos lacunes en faisant appel au secteur public qui a des
expériences complémentaires aux nôtres.
Nous pouvons utiliser nos meilleures compétences opérationnelles dans
l’utilisation des technologies, pour venir en aide aux pays en matière de soutien
aux universités et aux étudiants dans leurs projets de mise en place de réseaux
numériques.
Cisco Systems comble
ses propres lacunes par des partenariats.
En ce qui concerne les programmes de soutien aux PMA, nous avons pu
utiliser les compétences de la USAID, l’Agence américaine pour le développement
international et d’autres institutions expérimentées dans le développement,
pour obtenir les autorisations, accords et processus qui permettent à un groupe
privé d’opérer dans un pays en développement.
Nous avons lancé l’idée d’un réseau académique après la tenue du G8 à
Okinawa. Certains étaient pessimistes,
et disaient que ce genre d’opérations serait difficile dans les PMA. Mais je suis heureuse d’annoncer
qu’aujourd’hui, nous avons des centaines d’étudiants en formation dans des pays
comme le Bangladesh, ou le Bénin, et nous prévoyons l’ouverture de centres de
formation dans d’autres pays comme la République démocratique du Congo
(RDC). Des pays non inscrits sur la
liste des PMA comme le Cameroun, le Ghana sont également inscrits à nos
programmes futurs, et recevront des formations visant surtout les femmes. Les défis ont parfois été durs à surmonter
en raison de l’instabilité et du scepticisme de certains responsables sur le
bien-fondé de la formation numérique dans des pays qui, selon eux, auraient des
besoins plus urgents. Mais nous croyons
qu’il est temps de mettre fin à la fracture numérique, et en 1999 nous avons
mis en place un cadre « le Cisco learning systems » pour mettre à la
portée du plus grand nombre de personnes à travers le monde le savoir
informatique et numérique que nous maîtrisons et qui est indispensable à
l’intégration dans la mondialisation
M. JOHN SAYER, Directeur exécutif d’Oxfam International, a estimé que cette Conférence doit être perçue comme un test de vérité sur la capacité de la mondialisation à combler les inégalités entre Nord et Sud. Le risque pourtant est de la voir se transformer en une nouvelle autre réunion coûteuse aux promesses vaines. Les ONG, a poursuivi l’orateur, ont le devoir de responsabiliser les gouvernements et les institutions internationales et de leur rappeler leurs promesses. Regrettant que la société civile ne soit pas mieux représentée au cours de cette session inaugurale, il a souligné que l’écart entre les pays industrialisés et les PMA est une injustice pour les tenants du droit au développement. S’il a reconnu que les gouvernements américain et européens reconnaissent la nécessité d’accorder des préférences commerciales aux PMA, M. Sayer a néanmoins souligné que ces préférences ne portent toujours pas sur les produits agricoles et textiles. Illustrant la perte que cela représente pour les PMA, il a indiqué que pour 1 dollar donné au Bangladesh, les Etats-Unis en récupèrent 7 grâce aux restrictions commerciales.
Il a aussi estimé qu’à la lumière de l’action des lobbies concernés, l’Initiative « Tout sauf les armes » de l’Union européenne risque de se transforme en une Initiative « Tout sauf les armes et les produits agricoles ». Les PMA en développement sont forcés d’ouvrir leur marché alors même que les pays industrialisés ne cessent de multiplier les obstacles à la libre circulation des biens provenant de ces pays, a insisté M. Sayer avant de prévenir que si, cette fois, les choses ne changent pas, les ONG choisiront dorénavant de retourner devant les portes des centres de conférences pour y manifester. A ce stade, elles espèrent pouvoir travailler avec les gouvernements et les institutions multilatérales.
Sait-on pourquoi les approches précédentes ont échoué? a demandé en introduction à sa déclaration M. BENJAMIN MKAPA, Président de la République-unie de Tanzanie. Sommes-nous persuadés que la nouvelle approche permettra de répondre aux problèmes et de rattraper le temps perdu? Les gouvernements du Nord et du Sud sont-ils suffisamment déterminés à garantir le succès? Sont-il prêts à développer un partenariat fondé sur la confiance mutuelle et un partage des responsabilités? Le Président tanzanien a plaidé pour un véritable partenariat et davantage d’engagement politique. Si la guerre contre la pauvreté relève d’abord de la responsabilité des PMA eux-mêmes, ils ont, pour ce faire, besoin d’un environnement international favorable. Les partenaires du développement doivent donner plus de garanties, a insisté le Président tanzanien en dénonçant les mesures prises jusqu’ici en ce qui concerne la dette, la diminution des prix des produits de base ou encore la baisse de l’aide publique au développement.
Les PMA ne peuvent profiter de la mondialisation que s’ils réussissent dans la lutte contre la pauvreté a poursuivi le chef de l’Etat en s’étonnant que l’adhésion de tous à ce postulat n’ait pas empêché la chute des ressources mises à la disposition des institutions des Nations Unies qui s’occupent du développement. A court terme, il n’est pas réaliste de mettre trop d’espoir sur les ressources internes, a dit le Président tanzanien pour illustrer l’importance de l’aide extérieure. Le Président a aussi évoqué la nécessité de faire une distinction claire entre les gouvernements légitimes et les ONG. Il s’est félicité de la volonté accrue des institutions de Bretton Woods d’écouter les PMA avant de conclure sur trois points qu’il a jugés essentiels, l’appropriation par les PMA des processus de développement, le partenariat, et la mise en place d’un mécanisme de suivi du programme d’action aux niveaux national, régional et mondial.
M. HARRI HOLKERI, Président
de l’Assemblée générale des Nations Unies, a estimé que la communauté
internationale avait échoué sur la question du développement durable à cause de
certains oublis, et notamment celui de la responsabilité globale telle qu’elle
est reconnue par la Déclaration du millénaire.
La mondialisation donne cependant des raisons d’être optimistes, a dit
M. Holkeri. Plusieurs PMA ont connu ces
dernières années des processus de démocratisation, et ont lancé des programmes
de réformes économiques importants favorables à la baisse ou l’élimination des
barrières commerciales. La bonne
gouvernance et le respect des droits humains sont désormais reconnus comme des
éléments fondamentaux de toute
politique de développement. La
communauté internationale doit désormais faire disparaître toutes les entraves
commerciales existant contre l’exportation harmonieuse des produits des pays
pauvres. Les PMA doivent bénéficier de
conditions leur permettant de jeter les bases d’un développement durable et
autonome. D’autres pays riches doivent
suivre l’exemple donné par l’Union européenne sur la question de l’accès aux
marchés, a déclaré M. Holkeri. On ne
peut pas se fier aux seuls marchés en ce qui concerne le règlement des questions
de développement. Le bien public, la protection de l’environnement,
l’accès aux soins de santé, ou l’éducation, ne peuvent relever de la logique
des marchés. L’éducation doit être un
droit, et la communauté internationale doit s’assurer que dans ce domaine et
dans d’autres, les nouvelles évolutions technologiques sont mises à la
disposition des PMA. L’aide externe est
nécessaire pendant les périodes de transition économiques et politiques. Il faudrait veiller à la conserver au niveau
agréé. En écoutant la représentante de
Cisco Systems ce matin, nous nous sentons encouragés, a dit M. Holkeri, car il
est réconfortant de constater que l’esprit de la Déclaration du millénaire a
trouvé un écho favorable du coté du secteur privé. Nous demandons que les gouvernements continuent de faire preuve
du même enthousiasme envers les engagements du Sommet du millénaire que celui
qu’ils ont montré lors de l’adoption de sa Déclaration.
M. ANDREW NATSIOS, Administrateur
d’USAIDS, a indiqué que la prévention des conflits constitue désormais l’un
des piliers du programme d’assistance extérieure de l’agence, aux côtés de la
croissance, l’agriculture, la santé et le développement local. Le représentant a particulièrement mis
l’accent sur le pilier « agriculture » en regrettant que ce secteur
agricole ait trop souvent été négligé par les donateurs alors même qu’aucun
pays développé n’est arrivé au développement sans son secteur agricole. Il a assuré que son pays travaille avec
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour créer des marchés « justes
et ouverts » et que la politique sera de travailler à la promotion de la
croissance économique, à la réduction de la pauvreté et à l’augmentation de la
production agricole.
S’attardant également sur la problématique du VIH/sida, M. Natsios a annoncé l’intention du Président Bush d’octroyer, outre les 340 millions de dollars déjà prévus pour la lutte contre le Sida, 200 millions supplémentaires pour la création d’un Fonds mondial de lutte contre les maladies infectieuses. Il a aussi décrit l’esprit du « Global Development Alliance » prôné par le Secrétaire d’Etat américain qui part du constat selon lequel le secteur privé est devenu une source importante de développement. Partant, il s’agit d’une alliance du Gouvernement avec les ONG, les fondations privées voire les universités, entités qui, selon
M. Natsios, versent aujourd’hui 50 milliards
de dollars pour l’aide au développement contre 10, il y a 10 ans. Il a terminé en rappelant l’attachement de
son pays au principe selon lequel la croissance économique permettra de gagner
la guerre contre la pauvreté.
Sa Majesté LETSIE
III, Roi du Lesotho, a déclaré que des efforts considérables ont été
consacrés à la lutte contre la pauvreté au cours des dernières décennies. Mais les problèmes liés à la pauvreté perdurent,
ce qui montre clairement que les stratégies adoptées dans le passé ont été des
échecs. Nombre d’enfants meurent en ce
moment de faim, de malnutrition et de maladies, alors que les pays pauvres
deviennent encore plus pauvres. Quelle
raison pouvons-nous invoquer pour justifier l’échec des programmes
précédents? Est-ce parce que ces
programmes du passé étaient seulement imposés de l’extérieur, sans consultation
des peuples et des pays concernés? Est-ce à cause de l’injustice des termes de
l’échange? Ou encore des tarifs
douaniers imposés par les pays développés à nos produits? Est-ce des conflits
et des instabilités qui, joints aux conditions naturelles souvent pauvres des
PMA, que vient cet échec? Nous devons
prendre soin de renforcer les capacités humaines des pays en développement, a
dit Sa Majesté Letsie III. La
construction institutionnelle des PMA a également besoin de soutien. La principale ressource des pays pauvres, ce
sont leurs populations, et c’est vers elles qu’il faut déployer les moyens
disponibles. Les soins de santé
doivent, à cet égard, être prioritaires, car sans la santé les gens ne peuvent
pas être productifs. L’éradication de
la pauvreté ne sera pas possible sans santé des populations. Nous demandons des programmes spéciaux de
lutte contre le paludisme, et la pandémie du VIH/sida qui sont de grands
obstacles à nos efforts de développement.
Nous considérons le
commerce comme un outil important d’éradication de la pauvreté. Mais le commerce est dépendant de la
production, qui elle-même dépend de la qualité de la main d’œuvre. Le VIH/sida tue aujourd’hui beaucoup de nos
travailleurs les plus qualifiés, qui laissent derrière eux des orphelins, qui
eux-mêmes ne pourront aller à l’école du fait de manque d’encadrement et de ressources. C’est un cercle vicieux. La pauvreté favorise la maladie, qui tue et
qui génère encore plus de pauvreté.
Pour le Lesotho, la lutte contre le VIH/sida est donc la priorité des
priorités.
M. SALIL SHETTY, Chef d’Action Aid, a lancé un appel à la communauté internationale l’invitant à agir pour qu’elle mette fin à ces pertes de vie dues à la pauvreté et à s’engager à répondre aux besoins fondamentaux des populations démunies. Il a surtout appelé les pays riches à cesser de jouer les « donneurs de leçons » et à offrir aux PMA un accès libre à leurs marchés. Dans ce cadre, il a plaidé pour le respect des accords du Cycle d’Uruguay, un accès plus facile des agriculteurs aux intrants agricoles ou encore pour l’annulation des conditionnalités. Si vraiment l’élimination de la pauvreté est désormais la priorité de la communauté internationale, il est temps de placer les pauvres et leurs droits au centre des négociations, a dit M. Shetty, et de promouvoir un consensus international.
M. APOLO NSIBAMBI, Premier Ministre de l’Ouganda, a jugé important que la communauté internationale se garde de considérer les PMA comme des patients, les aidant ainsi à se déroger à la responsabilité qui leur incombe de reconnaître les faiblesses de leur politique de développement. Les PMA eux-mêmes n’ont pas été à la hauteur des défis qu’ils ont à relever, a insisté le Premier Ministre avant d’affirmer que les succès enregistrés par son pays, en la matière, sont attribuables à la démarche de responsabilité tournée vers l’avenir et à un esprit de mouvement que son Gouvernement a embrassé. Il a néanmoins plaidé pour une facilitation de l’accès aux marchés et l’élimination des quotas et des restrictions commerciales. Selon lui, ces mesures ne suffiront pas si les PMA ne prennent pas initiative d’améliorer leur production et de les offrir à des prix concurrentiels. Il a également estimé que les appels à l’augmentation de l’APD ne seront pas entendus tant que les PMA ne prouveront pas aux pays industrialisés que les intérêts des uns et des autres ne sont pas incompatibles. Le représentant a terminé sur la nécessité d’éliminer les conditionnalités attachées à l’allègement de la dette et de réexaminer les dispositions du droit de la propriété intellectuelle liée au commerce. Il a encore répondu aux accusations liées à la présence de son pays en République démocratique du Congo en arguant qu’au lieu de parler d’invasion et d’ingérence, il faut comparer la situation à celle du Kosovo où la communauté internationale est intervenue lorsqu’elle a constaté une absence de gouvernement et de structures étatiques.
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